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De la Prétention d’expliquer qui est réellement Kadhafi sans aller jusqu’au bout

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Sur le fil d’actualité de mon ancienne page Facebook, je suis tombé sur cet « article » de Patrick Mbeko qui avait la prétention d’expliquer qui était vraiment Kadhafi. En lisant ce panégyrique sur Kadhafi, je me suis dit que l’auteur avait dû « involontairement » oublier tout un tas de rapports entre Kadhafi et l’Afrique qui seraient plus à même de permettre aux Africains de se faire une idée du personnage, plutôt que de s’appuyer sur l’image qu’en font les Occidentaux. Venir discourir sur l’image que relaie l’Occident de Kadhafi est donc un faux débat : Kadhafi ne correspond pas à l’image qu’en font les Occidentaux pour la simple et bonne raison que l’homme est un être complexe. Or une fois que l’on a dit ça, il ne s’agit pas d’accepter pour autant l’image contraire qui le présenterait comme un ange voulant le bien de l’humanité et des Africains en combattant le mal.

Personne ne niera donc que Kadhafi refusait l’impérialisme occidental et qu’il le combattait de toutes ses forces. Et ? Depuis quand le fait de combattre un impérialisme fait de vous un modèle sans même analyser ce que vous proposez en remplacement de cet impérialisme et sans même se demander à qui cela bénéficierait-il ?

Les Africains ne connaissent pas Kadhafi ? C’est sans doute vrai pour certains ! Cependant, après avoir lu l’article de Patrick Mbeko en savent-ils plus ? Pas si sûr. Ils ne savent rien de ce qu’il a fait de positif ? Mais ils ne savent rien non plus de tout ce qu’il a fait subir à l’homme africain en tant que tel. Donc autant donner tous les renseignements lorsque l’on prétend éclairer l’opinion africaine sur un personnage aussi complexe qui a eu un impact certain sur une bonne partie de l’Afrique.

 

Kadhafi respectait-il l’Afrique dans son africanité ou cherchait-il à réduire ses voisins à sa propre vision de l’Afrique ?

Combien de partisans du Guide savent que le Sénégal a rompu ses relations diplomatiques avec la Libye en 1980 tout simplement parce que Kadhafi finançait l’islamiste sénégalais Ahmed Khalifa Niasse, fondateur, à l’époque, du Hezbullahi (parti d’Allah) – parti illégal puisque la loi sénégalaise ne permet pas la création de parti politique fondé sur une base ethnique ou religieuse ? Ce dernier prétendait instaurer la charia et lancer le jihad au Sénégal afin de transformer le pays en République islamique. Le Sénégal et la Gambie protesteront contre le Guide libyen qu’ils accusent de « faire entrainer des groupes [d’opposants islamistes sénégalais et gambiens] dans les camps libyens ». [1]

Ahmed K. Niasse

Niasse était à la tête de 5000 soldats entrainés en Libye avec pour dessein de renverser le président du Sénégal et d’instaurer une république islamique. Il recrutait aussi des Ouest-Africains pour la Légion islamique de Kadhafi, selon Moriba Magassouba dans son très bon livre « L’Islam au Sénégal : Demain les mollahs ».

Comment justifier qu’un pays étranger puisse armer sciemment une opposition pour commettre un coup d’État, tout d’abord, dans un pays où les chefs d’État sont démocratiquement élus, et ensuite, dans le seul but d’imposer une dictature islamiste dont ne veulent pas la majorité des Sénégalais ? Kadhafi sulfate sans état d’âme les islamistes libyens qui n’ont pas droit de citer dans son pays mais les finance lorsqu’il s’agit de placer des pions chez les pays voisins, mais cela n’a jamais ni alerté ni dérangé personne parmi ses fans ?

Que l’on prenne les armes dans le cadre d’une dictature pour renverser un autocrate qui opprime le peuple peut se comprendre. Mais quelle justification trouver dans le Coup d’État lorsque le peuple s’exprime et que celui qui le fomente est en plus un étranger qui désire réduire ses peuples à n’être que ses valets ? D’autant que Niasse est connu pour être un pro-arabe et se revendique d’ailleurs lui et sa famille comme étant des « descendants du prophète. » Comme par hasard…

Combien d’autres savent que malgré le charme qu’il faisait au président Ghanéen en l’enjoignant à se rapprocher de la Libye, Kadhafi fomentait plusieurs tentatives de meurtre contre Hilla Limann, ce qui a précipité, là encore, une rupture diplomatique en 1980 ? Abdelaziz Riziki Mohamed rappelle d’ailleurs que les « huit hommes qui réalisèrent le coup D’État du 31 décembre 1981 – contre Hilla Limann – avait bénéficié d’un entrainement militaire en Libye » [2]

                         Hilla Limann, président du Ghana

 

Un président démocratiquement élu suite à un scrutin à deux tours qui se voit renverser par un groupe de militaires armé par une puissance étrangère qui désire imposer son influence ? Suite à son putsch, les deux premiers voyages du chef des putschistes, J.J Rawlings, seront dédiés à Tripoli…

Combien de personnes savent que Kadhafi a signé un accord avec le Niger en 1974 dont le but était l’arabisation pure et simple d’un pays où les ethnies majoritaires sont négro-africaines : Peuls, Haoussas, Toubous ou Kanouris. Maïkoréma Zakari écrit à ce sujet que « cette volonté d’arabisation est encore plus nette dans le cadre de l’accord de 1974 où l’engagement a été pris d’arabiser les programmes d’enseignement nigériens à tous les niveaux ».

Kadhafi inonde tous ces pays pauvres de ses pétro-dinars, maniant tantôt le bâton, tantôt la carotte en fonction de l’attitude de son interlocuteur. Maïkoréma Zakari poursuit :

« L’aide libyenne au Niger se chiffrait comme suit : 500 000m² de tapis pour les mosquées, 22 500 000 dinars au profit des boursiers des écoles professionnelles, 275 millions de francs CFA pour la construction d’un institut islamique (…), 93 millions de francs CFA pour la construction et l’aménagement des mosquées, 1 500 000 francs CFA pour les émissions religieuse à la radio, 20 billets d’avion pour le pèlerinage à la Mecque » 

Maïkoréma Zakari, L’islam dans l’espace nigérien, p. 63

 

Un pays riche qui, pendant que lui se développe, considère que ce qui est valable pour lui ne l’est pas pour les autres et inonde ses voisins pauvres de propagande religieuse comme si c’était ce dont ces pays avaient besoin. Islamisation et arabisation d’un pays négro-africain en bonne et due forme.

Combien de personnes savent que pour justifier l’annexion de la bande d’Aouzou et ses invasions diverses contre le Tchad, Kadhafi a dit le plus sérieusement du monde :

« Je suis persuadé que le Soudan du Sud n’est ni arabe ni islamique. Il est africain, animiste et chrétien. Si donc le Soudan du Sud fait partie du Soudan, à fortiori, le Tchad constitue le prolongement de la Libye » ? [3]

C’est aussi Kadhafi qui amadoue Omar Bongo, Bokassa et le Béninois Matthieu Kérékou pour les inciter à se convertir à l’islam en leur faisant miroiter tous les avantages qu’ils pourraient en tirer : Bokassa et Kérékou récuseront plus tard leur pseudo-conversion à l’islam.

Bien sûr, une fois converti, Kadhafi parie sur l’obséquiosité et la déférence naturelles des néo-convertis vis-à-vis des Arabes afin d’en tirer un profit dans leurs relations. Pierre Péan, que Patrick Mbecko aime tant citer, rappelle ce que tout le monde sait depuis toujours, à savoir que c’est Kadhafi qui « vante [à Bongo] les avantages religieux …et financiers d’un rapprochement avec Mahomet. Bongo se rend à la Mecque et en revient El Hadj Omar Bongo, ayant oublié ses prénoms chrétiens Albert-Bernard près de la Pierre noire où apparut jadis l’ange Gabriel » [4].

En 1998, Kadhafi se lança dans une cour effrénée à l’Afrique sub-saharienne pour lier des liens de fraternité panafricaine. En réalité, c’est un cheval de Troie. Chasser le naturel et il revient au galop. Kadhafi ne peut s’empêcher de chercher à dominer les Sub-sahariens.  Sa première cible sera donc le Tchad du Zaghawa Idriss Deby. Lors de sa visite officielle de 1998, Kadhafi s’excusa auprès des Tchadiens pour les différentes agressions commises contre son voisin du sud. Il s’empressa ensuite de payer les salaires des fonctionnaires, d’emporter dans sa délégation des vivres qu’il distribua aux habitants, des médicaments, du carburant. Un hôtel de grand standing est construit, le Guide livre une usine d’eau minérale prête à l’emploi, se lance dans des achats de terrains et de concessions dans le pays alors qu’une loi tchadienne datant de 1989 interdit la vente directe de terrain à des étrangers. Peu importe, le chef libyen veut absolument montrer son désir de fraternité avec les Tchadiens et faire table rase du passé.

Mais Kadhafi reste Kadhafi. Des banderoles hallucinantes sont accrochées à sa demande dans les rues de la capitale tchadienne. Peu de tchadiens ont gouté ces banderoles écrites en arabe qui ont finalement été retirées par la mairie sous la pression populaire, car le peuple tchadien lui demeure très méfiant envers Kadhafi. Que disaient ces banderoles ? « Là où il y a l’islam, il y a l’arabe. Tous les Musulmans sont arabes » [5]

«Tous les musulmans sont Arabes; vous êtes tous d’origine arabe. Quiconque adopta l’islam est d’origine arabe. La destruction de la Ummah arabe est la destruction de l’Islam. Vos aïeux étaient des Arabes du Yemen »

 Kadhafi s’adressant aux Tchadiens cité par N’djamena Hebdo

 

 

Kadhafi n’a aucune considération pour l’africanité de ses voisins. Il ne les conçoit que comme des pions qu’il utilise dans sa quête de grandeur et cherche constamment à les convertir ou à les arabiser dès qu’il le peut. Lors d’une interview à SBS, il a par exemple expliqué que « Obama avait même du sang arabe dans les veines et des racines islamiques ».

Bien sûr, ne comptez pas sur Patrick Mbeko pour vous parler des victimes civiles tchadiennes gazées par l’armée libyenne durant les conquêtes du Tchad. Pourtant, les « premiers tests ont eu lieu dans le déserte en Libye puis au Tchad sur des cobayes humains au début des années 80. Des villages entiers du Nord, comme Tisna et Zag, ont été arrosés de munitions chimiques : environ 4500 morts essentiellement des femmes et des enfants » [6]

« La traditionnelle méfiance teintée de racisme des Arabes pour les zurga se manifesta à nouveau.  »À Koufra où je résidais, les femmes libyennes pleuraient leurs morts en scandant des slogans injurieux contre le Tchad :  »Mat chahid fi dar al abid, mat chahid fi dar al abid » ( »mort en martyr, au pays des esclaves ! »). Ainsi criaient celles qui avaient eu un mari ou fils tué au Tchad »

Témoignage de Garondé Djarma, ex-Frolinat cité par Florent Sené [6]

 

Je ne reviendrai pas en détail sur le soutien de Kadhafi à Idi Amin Dada -porté au pouvoir par un coup d’État orchestré par son allié Israël –  dans une guerre totalement absurde contre la Tanzanie. Trois milles soldats libyens seront envoyés sur le front tanzanien pour soutenir l’Ouganda. La Tanzanie et les Ougandais anti-Dada corrigeront la coalition ougando-libyenne, faisant des centaines de prisonniers. Kadhafi contactera l’Éthiopien Mengistu pour qu’il intervienne auprès du président tanzanien Julius Nyerere afin de libérer les prisonniers libyens. Mengistu refusera net arguant du fait qu’il trouvait le soutien libyen à Idi Amin totalement absurde. Pour se venger de l’affront, Kadhafi offrira 1 million de dollars à la guérilla du FLÉ-FPL qui lutte contre le régime marxiste d’Addis-Abeba. [7]

Fouillez dans les guerres civiles les plus ignobles d’Afrique comme celles du Libéria et de la Sierra Leone et l’on retrouvera la patte de Kadhafi – et d’autres puissances, bien évidemment : sauf que ces puissances prédatrices personne ne nous les vend comme des sauveurs. Le Libérien Charles Taylor et le Sierra-léonais Foday Sankoh seront ainsi entrainés à la guérilla en Libye. Charles Taylor s’installera ensuite dans la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny, l’agent peut-être le plus zélé de la Françafrique, et attendra le feu vert pour partir à l’assaut du Libéria. La guerre civile fera 200 000 morts – elle en fera 120 000 en Sierra Léone – laissant le pays ruiné et détruit, sacrifiant des générations entières de Libériens dans des crimes odieux, viols, amputations, exécutions sommaires avec actes de barbarie, l’enrôlement des enfants-soldats, l’explosion du proxénétisme organisé et de la prostitution etc.

Noam Chomsky ne s’étonnera guère de ne pas voir Kadhafi au côté de Charles Taylor lors de son procès alors que le monde entier sait que la Libye a financé et armé Taylor durant cette épouvantable guerre civile. Il confiera à l’émission Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet  que l’explication se trouvait dans les accords signés par certains pays occidentaux avec la Libye depuis que Kadhafi s’était refait une virginité auprès de l’Occident : en clair, c’est une affaire de business…

                                                        Le Libérien Charles Taylor

 

« La question du soutien à apporter à Charles Taylor est également une autre pomme de discorde. Taylor cherche des soutiens pour lancer son offensive contre le régime de Samuel Do au Libéria. Il a le feu vert d’Houphouët pour utiliser la Côte d’Ivoire comme base arrière. Le vieux a une dent contre Do qui a renversé et exécuté en 1980 son ami le président Tolbert. Pour le recrutement et la formation de ses hommes, Taylor a besoin d’argent et de camps d’entrainement. Il s’adresse à Rawlings et à Sankara. Il n’obtient pas gain de cause. Il sollicite néanmoins Sankara pour l’introduire auprès de Kadhafi. Là non plus, refus du président burkinabè. Il est catégoriquement opposé à la stratégie armée (la guerre civile) pour renverser les dictatures en place. Taylor préfère voir le capitaine Blaise Compaoré.

Ce dernier lui aurait promis de le mettre en contact avec Kadhafi en contre partie de son soutien pour renverser Sankara, selon Prince Johnson et plusieurs autres sources libériennes. François Xavier Verschave pense également que l’assassinat de Sankara est le crime fondateur des relations entre la françafrique et Kadhafi. Chacun avait ses intérêts à défendre. Les réseaux français voulaient le bois et le diamant libériens ; Houphouët voulait se venger, Kadhafi pensait pouvoir étendre son influence en Afrique subsaharienne en soutenant des mouvements armés qui se disent révolutionnaires et Blaise Compaoré voulait être à la place du khalife à Ouagadougou. En éliminant Sankara, chacun comptait atteindre ses objectifs. »

Abdoulaye Ly

 

Qu’en est-il de l’attitude du Guide vis-à-vis de Sankara, son ancien protégé qui a refusé, contrairement à d’autres, d’être un laquais du Libyen, dénonçant notamment son invasion du Tchad ? Sankara a fini par être assassiné par son comparse Compaoré que Kadhafi s’est empressé de chouchouter et d’introduire dans son cercle d’amis. Il démontra ainsi que la mort de Sankara ne lui faisait ni chaud ni froid et que son remplaçant lui allait tout aussi bien. Certaines sources affirment même que Kadhafi a été partie prenante dans l’assassinat du jeune capitaine intègre.

« Après le coup d’Etat d’octobre 87, l’axe Tripoli Ouagadougou va se renforcer. Aux festivités du 1er Septembre 1988 à Tripoli, Kadhafi demande aux présidents Rawlings du Ghana et Museveni d’Ouganda « d’oublier Sankara » et de composer avec Blaise. Le journal Jeune Afrique va en faire sa grosse UNE : « Kadhafi : il faut oublier Sankara ». Devant le refus des deux présidents de le rencontrer, le président burkinabè dira que de toutes les façons, « les paysans burkinabè ne savent pas où se trouve l’Ouganda ».

Abdoulaye Ly

Comment peut-on lire que Kadhafi est « l’un des plus grands, pour ne pas dire le plus grand leader politique, que le monde ait connu » ? Cette pathétique manie de chercher à gagner des gens à une cause en manipulant les données du problème et en les kidnappant par l’émotion. Tout cela au service de quoi ? Au service d’un autocrate exploitant la misère négro-africaine pour l’utiliser comme chaire à canon dans sa guerre contre l’Occident, qui leur fait miroiter une fraternité artificielle où seul son bénéfice compte, un homme qui a monté les Arabes contre les Négro-africains au Darfour en finançant des groupuscules suprématistes et racistes arabes comme la Tajammu qui appelaient à « exterminer les zurga », c’est-à-dire les nègres. [8]

De même que sortir la carte israélienne pour justifier l’interventionnisme libyen revient à se payer de la tête du monde. S’il est vrai que la majorité des pays africains ont mis fins à leur relations diplomatiques avec Israël sous la pression des pays arabes comme l’Arabie Saoudite et la Libye, cette pression a été surtout diplomatique. Les pays arabes riches proposaient des aides financières aux pays africains contre le rejet d’Israël. Dès 1971, Kadhafi se lance dans le projet de faire couper les ponts entre Israël et les pays africains, par exemple, « en offrant symboliquement un million de dollars à la Guinée équatoriale » [9]

En 1974, la majorité des pays africains a rompu avec Israël après un long travail de sape des pays arabes. Or Kadhafi est surtout intervenu dans certains pays africains non pas à cause d’Israël mais d’abord pour ses intérêts impérialistes. Lorsque Patrick Mbeko écrit que « l’intervention de la Libye dans plusieurs pays africains fut motivée par un facteur important que nombre d’observateurs n’ont presque jamais pris en compte : la lutte contre l’influence israélienne», il MENT sciemment.

Mentir ne signifie pas que tous les éléments du discours sont faux. Ici, il fait en sorte que l’émotion domine la raison et que le réflexe anticolonial du quidam  fasse accepter une idée qui est mensongère : Kadhafi intervient dans ces pays contre l’ennemi sioniste. Mais prenons le cas du Tchad car c’est celui qui est plus caractéristique. Fin 1972, le Tchad « rompait avec l’État hébreu » [10] et justifiait sa position par le refus du colonialisme. Kadhafi sera le premier à applaudir le président Tombalbaye : « Je vous félicite pour votre courageuse décision de rompre avec les Israéliens qui sont les avocats du racisme » [11]. Nous sommes en novembre 1972. A peine deux mois plus tard, en janvier 1973, Kadhafi envoyait son armée occuper la bande d’Aouzou, territoire situé au nord du Tchad et riche en pétrole et en uranium, et se mettait à distribuer des vivres et des cartes d’identité libyennes aux habitants de la zone.

Comme Patrick Mbeko s’adresse à des gens qui ne connaissent pas la Lybie et encore moins l’histoire géo-politique de l’Afrique – des « consciences zéro » qui jouent les « cyber Black Power » ou « cyber-panafricanistes » sans même ne rien connaitre des sujets qu’ils évoquent mais qu’ils défendent par mimétisme « anti-system » – il peut donc se permettre ce pitoyable mensonge pour faire accepter aux Africains les agressions de Kadhafi.

« Fin janvier 1973, sept véhicules militaires libyens arrivent dans l’oasis [d’Aouzou], distribuent des vivres et vaccinent les populations […] Entre mars et juin 1973, l’installation permanente des Libyens commence. Des militaires occupent le poste local et hissent leur drapeau. Des autorités civiles les rejoignent. Des vivres sont à nouveau distribués aux habitants ainsi que des cartes d’identité libyennes et des passeports. […] Par la suite, les hommes de cette zone feront leur service militaire dans l’armée libyenne et les enfants seront scolarisés en langue arabe. Cette occupation se fait en violation des chartes de l’OUA et de l’ONU »

Mohamed Tétémadi Bangoura « Violence politique et conflits en Afrique : le cas du Tchad », p. 247

 

Selon Patrick Mbeko, Kadhafi aurait donc envahi le nord du Tchad pour contrer une influence israélienne qui venait de prendre fin deux mois auparavant…

Prétendre faire un article sur un homme que les Africains ne connaitraient pas sans faire la moindre allusion à tout ce qui a été écrit ci-dessus relève de la malhonnêteté intellectuelle à l’état pur. On ne peut pas prétendre aller voir les moutons d’une bergerie en leur faisant miroiter qu’ils ont un nouvel allié – l’ours qui vient d’arriver dans la plaine – sans préciser à ces moutons que l’ours est lui aussi un de leur prédateur…

 

© Kahm Piankhy novembre 2013 – MAJ juillet 2017

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NOTES

[1] Eric Makédonsky « Le Sénégal: la sénégambie, Volume 1, p. 149 » – Lire aussi sur le même sujet le livre de Ndiaga Loum « Les médias et l’état au Sénégal: l’impossible autonomie » p. 176

[2] Abdelaziz Riziki Mohamed in « La diplomatie en terre d’Islam » p.354

[3] « Le Monde » du 9 mars 1984

[4] Pierre Péan « Affaires africaines », page 220

[5] Olivier Pliez (sous la direction) « La nouvelle Libye » p. 134

[6] Florent Sené « Raids dans le Sahara central (Tchad, Libye, 1941-1987) », p. 362

[7] Amouzou Essé « Mouammar Hadhafi et la réalisation de l’Union Africaine » page 57

[8] Voir l’article que j’ai écrit « La Tajammu al Arabi, des suprématistes racistes au cœur du Darfour »

[9] René Otayek « La politique africaine de la Libye: 1969-1985 », page 78

[10] Arnaud Dingammadji «Ngarta Tombalbaye: parcours et rôle dans la vie politique du Tchad (1959-1975) », p. 212

[11] Ibid.

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