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L’imposture coloniale : Rockin’ Squat et le Brésil

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Au Brésil, la population est multiraciale. Comment vit-elle sa diversité?

Sur le plan des couleurs de peau, beaucoup mieux qu’en France ! Le racisme que tu peux sentir aux USA ou en Europe, ici tu ne le sens pas. Mais j’ai constaté par moi-même qu’ici comme ailleurs, il existe un mépris des élites riches envers les plus pauvres. Des plus blanches envers les plus noires… Pour moi, le Brésil est un peuple cosmique : le métissage y est plus présent que dans la plupart des pays du monde. Près de 80% de la population à du sang blanc, noir, rouge et même jaune. Ici, même les plus blancs de peau ont le « jeito » brésilien, le groove coule en eux !

Quelles différences avec la France ?

Chez nous, comme aux USA, beaucoup de nationalités cohabitent mais très peu se mélangent. La première fois que ma femme (brésilienne) est venue en France, elle a été frappée de voir que les Indiens se marient la plupart du temps avec les Indiens, les Maghrébins avec les Maghrébins, les Sénégalais avec les Sénégalais… Je ne compte plus les agressions ou les remarques racistes en France ou aux Etats-Unis sur les couples qui brisent les stéréotypes ! Au Brésil, ce genre d’état d’esprit n’existe pas… sauf dans la structuration du système économique et social.

Interview de Rockin’squat à Respect Mag

Il faudra un jour cesser d’être conciliants afin d’analyser sans fard, de manière brute, la façon dont beaucoup de Blancs, dès qu’ils ont envie de consommer de la culture afro ou fréquenter intimement des Noirs, préemptent la notion de métissage pour l’instrumentaliser de manière absolument abjecte.

Ainsi, dans la logique totalement cynique de l’instrumentalisation qu’ils font du métissage, la dénonciation du racisme est mise en concurrence puis déclassée au profit de cette apologie au motif qu’elle tendrait plus vers la tolérance. Or il faut bien préciser sur ce point que ce qui importe dans la dénonciation de toute injustice est précisément la déconstruction de ce qui la compose. Pas sa substitution par un ersatz édulcoré et affadi qui permettrait à certains d’avoir la conscience tranquille face à une réalité dont ils ont manipulé l’essence.

En toute logique, la dénonciation du racisme – il ne s’agit pas ici de l’antiracisme-spectacle de certaines organisations mais bien du combat que les opprimés mènent depuis toujours – correspond donc à la déconstruction du racisme en tant que tel puis de tout ce qu’il a pu générer en terme d’aliénation, d’autophobie, de complexe d’infériorité, de désastre social etc. Il n’y a pas de lutte contre le racisme sans lutte contre les conséquences du racisme. Tenez-le pour dit : ça n’existe pas !

Faire croire que lutter contre le racisme c’est « métisser le monde » pour ensuite plastronner de manière ostentatoire afin que l’opinion leur tresse des lauriers sur leurs « enfants métis qui sont une richesse pour le monde », les mette sur un piédestal et finit par leur déléguer la caractérisation morale de la lutte contre le racisme, est de la folie pure.

En réalité, la réponse « métissage » à la question du « racisme » est aussi stupide que de faire croire qu’on combat la pauvreté en favorisant les mariages entre nantis et prolétaires. Nous imaginons très mal un colloque sur la précarité où les problématiques seraient réduites à encenser un baron ayant épousé sa femme de ménage. Impossible ! Tentez donc le même colloque sur le racisme et réduisez la question du racisme à des Blancs et des Noirs se métissant, et personne ne sera choqué. Il y a d’évidence un respect du sujet traité d’une part qui n’existe pas dans l’autre.

Cette mystification dissimule d’autres desseins que ceux mis en avant. Ces desseins sont tout simplement liés à la perpétuation de toutes les conséquences du racisme par des gens qui trouvent un intérêt dans le fait de voir chez les Noirs des gens qui les admirent, les portent aux nues, sont en pâmoison devant leur blancheur, se sentent inférieurs à eux sans le reconnaitre, valorisent la suprématie blanche en la faisant passer pour de « l’ouverture aux autres » et s’évertuent à se travestir en dispensateurs de plaisir (s) serviles, inconditionnels et exclusifs envers une seule et unique catégorie de gens dont ils se flattent d’avoir l’attention.

L’interview que vous voyez sur cette photo incarne parfaitement cet esprit nauséabond : un exalté se prenant pour une sorte de porteur de bonnes paroles, qui fait l’apologie du métissage dans le cadre d’un discours quasi-essentialiste où il explique à grands coups de sophisme que la biologie est supposée déterminer les individus et que le métissage est une fin en soi, qui nie le racisme brésilien mais corrèle celui existant en France – oui car il y a du racisme en France mais pas dans une société post-esclavagiste comme le Brésil  – au communautarisme : utilisant ainsi une argutie typiquement d’extrême droite (il n’y a pas de racisme, en revanche le communautarisme génère le racisme) pour finir par sous-entendre que le racisme serait en réalité subit par les « couples qui brisent les stéréotypes ».

Tout y est : le racisme n’est pas le problème, non le problème est de trouver un subterfuge permettant d’échapper à une prise en compte des dégâts qu’il occasionne afin d’apaiser sa mauvaise conscience ; il faut dénoncer le communautarisme qui est le vrai problème ; Applaudissez-moi pour ma contribution au métissage et bénissez le seigneur qu’il y ait des gens comme moi pour se sacrifier afin de satisfaire vos lubies.

Voilà une manière bien hypocrite de ne pas remettre en cause la question de sa position de privilégié blanc dans un pays comme le Brésil, de minimiser le fait que dans beaucoup de pays le racisme a matérialisé une emprise mentale qui a dompté les esprits de beaucoup de racisés qui se résignent à accepter la suprématie blanche.  Qu’un sexagénaire blanc, ventripotent, n’ayant rien pour lui, fasse saliver toutes les jeunes filles de certains coins n’a rien à voir avec du métissage mais relève d’une épidermisation (Fanon) et d’une acceptation de la suprématie blanche par certains locaux considérant que le Blanc a tout pour lui : la beauté, la raison, l’intelligence etc.  Ne pas comprendre ça, c’est ne rien comprendre à la réalité du racisme.

En réalité, ce discours est structurellement un discours raciste puisqu’il présuppose que le problème soulevé par les victimes ne se situerait qu’au niveau d’un complexe d’infériorité qu’elles auraient vis-à-vis du Blanc et qu’elles chercheraient le corriger en quémandant du métissage. Ce à quoi, le Blanc prétendument antiraciste et magnanime consentirait à y répondre favorablement. Si ce discours existe dans la pensée de beaucoup de Noirs – c’est un fait – il n’en reste pas moins infondé et n’est qu’une perversion de la dénonciation réelle du racisme. On ne peut pas confondre une cause juste et le dévoiement de celle-ci par des esprits aliénés à moins de se compromettre soi-même. Quand le dévoiement devient la norme et que certains tentent de faire le forcing pour l’imposer, il faut les combattre de manière encore plus violente que le racisme lui-même, car il n’en est que l’extension : nous avons à faire à des gens qui exploitent le racisme et affectent de faire passer des millions de gens pour des imbéciles aliénés incapables de penser la réalité, l’urgence et la complexité de leur condition pour au final ne passer comme message que leur prétendue obsession de se mélanger à eux. En matière de cynisme on ne fait rien de pire que de faire passer les troubles obsessionnels des aliénés acceptant le racisme et voulant composer avec pour de la lutte contre le racisme sous prétexte que leur discours flattent l’ego des dominants.

Rockin’ Squat ne dénonce absolument pas le racisme. A aucun moment !  Il fait partie de cette cohorte d’imposteurs vantant le métissage, racialisant et biologisant la lutte contre le racisme afin de l’amener du rationnel vers l’émotionnel et faire croire aux gens que l’on combat le racisme lorsque l’on contribue à l’essor du métissage. Il chérit et bénit le racisme – contrairement à ce qu’il prétend – parce qu’il lui permet d’asseoir son sentiment de supériorité lorsqu’il erre dans un pays comme le Brésil et y croise pléthores de filles intéressées et ambitieuses qui rêvent, la bave au menton, du « Blanc mythique ». Il ne remettra jamais en cause cette réalité et tout son travail consiste justement à la maquiller. Ces filles lui renvoient de quoi conforter son arrogance raciale, ce quelque chose qui le convainc qu’il est « quelqu’un » face à n’importe lequel de ces « bronzés » plongés dans les affres d’une aliénation débilitante pétrie avec amour par les petites mains de l’oppression raciste brésilienne depuis des siècles. C’est cet ensemble de lieux communs qui permet à des cyniques de son genre de décréter que le problème du racisme subi par les Noirs est le « manque de métissage », qu’il se propose grâce à sa grande magnanimité, de combler en en faisant l’apologie, comme si on lui avait demandé quelque chose. Le manque de métissage n’a jamais été le problème des Noirs qui dénoncent réellement le racisme mais celui de ceux qui cherchent à les exploiter à leur profit. Eux, véhiculent cette mythologie depuis toujours car elle leur permet de les maintenir dans les fers psychologiques et physiques rattachés à l’oppression raciste tout en amusant la galerie avec des positions faussement révolutionnaires, faussement antiracistes qui narrent un roman faux et mensonger où le héros est un personnage fictif qui s’appelle « métissage » censé régler le problème du racisme sans jamais s’attaquer à ses éléments constitutifs.

Ces propos aliénants sont similaires à ceux du célèbre chanteur afro- brésilien Carlinhos Brown (photo), natif de Salvador de Bahia la ville la plus africaine du Brésil et marié à une Brésilienne d’origine européenne – tant qu’à faire – quand il dit :

« Le métissage français est un des plus prometteurs du monde. Il peut aussi analyser les cinq cents ans du Brésil comme une expérience valide. Parce que quand on commence à se métisser, on arrête de sentir la douleur et on découvre l’envie de l’autre. Tu commences à bien parler, à te rapprocher, tu tombes amoureux de l’autre d’une façon organique et naturelle.

Le métissage fait tomber les répulsions et met un point final à la notion d’individu. C’est en cela qu’il est une forme de salut, parce qu’il fait disparaître l’individu. Le métissage est le chemin, c’est un des premiers degrés de la paix. »

Carlinhos BrownBrown doit certainement parler pour lui, une manière d’exprimer l’état extatique dans lequel il est depuis qu’il a épousé une Blanche. Le nirvana, l’apothéose de la condition humaine qui est la sienne. Nous sommes donc contents pour lui puisqu’il a réussi à atteindre cette forme de salut en se métissant et considère que tous ses problèmes sont, soit réglés soit devenus superflus, l’essentiel demeurant tout de même la concrétisation du métissage. Voilà où se situe le combat de certains Noirs et métis. Voila leur priorité, leur absolu. Cependant, notons que sa vision des « répulsions qui tombent grâce au métissage » est l’autre manière de valider l’indifférence : une fois métissés, les problèmes des nègres ne nous concernent plus puisque nous sommes sortis du nègre. A ce stade, effectivement, on comprend que Carlinhos Brown ne ressente plus la douleur des racisés, qu’il préfère prendre sa part du gâteau et valider l’imposture de la « démocratie raciale », ce mythe mensonger affirmant que le Brésil a dépassé les problèmes de race et que tous les Brésiliens vivent dans un paradis sans race ni racisme. Un excellent alibi pour justifier  l’égoïsme à courte vue de ceux qui n’accordent aucun intérêt à la condition humaine de millions de racisés qui subissent la discrimination et se rassurent en se persuadant qu’une société métissée est une société sans racisme.

Pourtant, toutes les études sociologiques démentent cette affirmation. Pour preuve, le Brésil a été obligé d’inaugurer une forme de discrimination positive depuis quelques années afin  d’intégrer plus d’afro-descendants dans différentes sphères de la société. Ce qui démontre bien que même dans cette société métissée, les Noirs restés noirs, continuent de subir le racisme, l’exclusion sociale, le chômage, un taux d’emprisonnement démentiel, un manque de protection sociale, une évidente violence policière ciblée, un taux d’homicide exponentiel, de la discrimination au logement et aux loisirs, la honte et la haine de soi, une structure familiale totalement déliquescente etc. C’est tout cela qui caractérise précisément le racisme : comment ose-t-on faire fi de tous ces corollaires pour décréter une élimination totale du racisme sous prétexte d’un accroissement du métissage, si ce n’est que l’on cherche à instrumentaliser le métissage pour asphyxier les signes du racisme afin qu’ils ne soient jamais traités, puisque invisibiliser par ceux qui ont le pouvoir  ? N’est-ce pas là une manière évidente de jouir de la sélection que le racisme opère tout en refusant par exemple de questionner son propre comportement ? Pour quelle raison un homme féministe n’éprouve aucun mal à dénoncer le comportement d’une femme vénale qui s’assume alors qu’un prétendu antiraciste justifie les concepts fallacieux issus du métissage lorsqu’il fait face à un aliéné qui désire avoir sa part du gâteau blanc ? Il faut dire les choses comme elles sont : nous avons des racistes tout comme nous avons des faux-antiracistes qui exploitent le racisme en se payant la tête de ceux qui subissent le racisme, qu’ils font passer pour des imbéciles serviles n’ayant aucune conscience de ce qu’ils subissent, des êtres pathologiques obnubilés par ceux qui ont le pouvoir et prêts à toutes les compromissions pour atteindre leur but.

Au Brésil, c’est une véritable idéologie et Rockin’ Squat ne s’en réfère ici absolument pas par hasard. Il veut imposer la vision pervertie d’une situation qui émane des élucubrations de sociologues-idéologues retors  et ainsi refouler une conscience réelle des problèmes subis par les racisés. Le mythe de la « démocratie raciale » a commencé avec l’ouvrage « maitres et esclaves » du sociologue Gilberto Freyre qui a servi d’agent « exorciseur de mauvaise conscience » pour tout le Brésil vis-à-vis des crimes commis contre les Noirs et les Indiens. Cette idéologie simpliste et mystificatrice du métissage est sciemment érigée en totem afin de perdre les gens, afin de leur rendre inintelligible leur propre situation (aliénation) et faire en sorte qu’ils demeurent à la merci de ceux qui font l’opinion.

Lisez Fanon, et déjà, à l’époque de Peau noire, masques blancs, il évoquait le racisme qui selon certains disparaîtrait sans doute dans les futures générations. Pourquoi ne pas laisser faire le temps et attendre encore et encore, passivement, que le racisme disparaisse de lui-même ? Les problèmes se résolvent en les traitant de manière sérieuse, pas en les manipulant pour vendre de l’affect. Ne pas les prendre en compte pour ce qu’ils sont, vous condamne à les revivre éternellement.

Rockin’ Squat, à l’instar de tous ceux bénéficient des retombées du racisme, fait semblant de ne pas se rendre compte que le racisme a, au fil des siècles, établi une hiérarchie sociale, esthétique, politique, économique et que même psychologiquement des millions de Brésiliens tendent à s’écarter instinctivement du « preto » (noir). Il feint de ne pas saisir la factualité d’un « white bias/white privilege » dont il bénéficie directement ou indirectement. Et comme cette situation l’arrange, il l’écarte de la main afin qu’elle ne soit pas remise en cause puisqu’elle produit du « liant » allant dans son sens et son intérêt : pourquoi dénoncer certains aspects du racisme lorsque ces aspects sont à son avantage ? Il est vrai qu’un paternaliste est toujours plus à l’aise lorsqu’il a devant lui un ancien colonisé que sa blancheur fascine, persuadé à juste titre que ce dernier ne remettra pas en cause sa primauté intellectuelle et sa domination sur lui.

La perpétuation du racisme a donc pris une nouvelle forme : celle du semblant de sa dénonciation afin de lui substituer un discours pro-métissage qui est une imposture factuelle. Que l’on vienne donc nous expliquer où sont, parmi les Blancs brésiliens, les porteurs de prénoms africains, les pratiquants d’un culte africain etc. Le métissage suppose un échange multilatéral de ce qui fonde les identités ? Où sont donc les Brésiliens blancs prénommés Kodjo, pendants des Brésiliens noirs portant les prénoms de Ronaldo ou Paulo ?

Lorsque un groupe tombe sur la tête d’un autre et lui impose sa langue, ses croyances, ses prénoms et le domine dans tous les compartiments de la vie sans jamais rien prendre en retour, ce n’est pas du métissage car il n’y a pas échange mais domination.

Le métissage biologique au Brésil n’est au vrai que la conséquence de la lubricité des oppresseurs puis du maintien de la suprématie blanche qui oblige, par un effet pervers,  les quelques racisés ayant réussi à miser sur des stratégies matrimoniales qui ne visent que les Blancs à l’exclusion de tous les autres groupes. En voulant conquérir l’espace mental du racisé pour lui imposer sa surpuissance, la conséquence en a été que ce dernier, au final, veut sa part du gâteau « blanc », ce qui inévitablement engrange du métissage.

Mais la tolérance n’est pas à l’origine de ce métissage. C’est le racisme qui est en est la matrice. Le métissage qui en a découlé n’a absolument pas atténué le racisme. Au contraire, tous se ruent pour essayer de « sortir » des groupes dominés par le mélange mais le racisme perdure, comme on a pu le voir avec l’élection d’une Miss carnaval noire qui a reçu un tombereau d’injures racistes (« sale guenon » etc.) de la part de ses compatriotes parmi lesquels se trouvaient des métis et des Noirs. C’est cette quête du « sortir de soi à tout prix » qui fonde le métissage au Brésil comme dans toutes les sociétés post-esclavagistes sans exception, qu’elles soient issues de l’esclavage occidental ou musulman. Et plus il y a de racisme, plus cette réalité s’accentue, donnant l’impression à ceux qui ne comprennent pas la chose que le métissage explose et annonce la fin proche du racisme. Ils ne saisissent pas que le phénomène qui s’opère sous leurs yeux est justement causer par la suprématie blanche qui truste toutes les places, reléguant les « colorés » aux places subalternes, les forçant à se travestir pour exister, à se renier pour survivre.

Toutes les séquelles construites par le racisme dans l’inconscient des peuples dominés (Indio et Noirs) s’expriment dans un métissage hiératique, sans aucune logique sociale. Un Blanc aisé ne prend que rarement pour épouse une femme noire, sauf s’il est âgé et sa femme très jeune ; à l’inverse un Noir aisé prendra presque systématiquement une femme blanche quelle que soit sa classe sociale, donnant l’impression que la race prédomine avant tout dans son cas.

Faire l’apologie de cette imposture au nom d’une prétendue ouverture n’est rien d’autre que du racisme déguisé, de la suprématie blanche : on maintient notre domination sur les Autres tout en vantant un métissage qui n’existe pas factuellement sur le plan économique ou politique puisque « nous voulons asseoir notre position privilégiée et la maintenir, ce qui passe par la domination des Autres ».

Dans le même temps, ce discours est érigé en absolu et l’on décrète de manière unilatérale que tout ce qui s’oppose à sa pertinence s’oppose à la réalisation du métissage : refuser de considérer que la destructuration du racisme n’est pas la même chose que faire l’apologie du métissage serait du racisme. Le piège du terrorisme intellectuel est bien fermé : la remise en cause du bien-fondé d’un gloubiboulga sophistique qui prétend combattre le racisme sans remettre en cause ce qui le constitue devient un débat « pour ou contre le métissage ». Une conclusion présupposant l’interdiction du débat d’idées en ce qui concerne des sujets sérieux pris en otage par les saillies démagogiques des monomaniaques qui veulent expliquer la complexité du racisme par le seul prisme du métissage ou d’on ne sait quel verbiage sur la pureté des races.

Dans l’interview de Respect Mag, Rockin’ Squat explique par exemple que sa femme s’étonne qu’il n’y ait pas plus de couples mixtes en France tels qu’elle en voit pléthore au Brésil. Traduisez : sa femme s’étonne que, ce qui est certainement perçu par elle comme une fin en soi, le rêve de toute une vie à atteindre coûte que coûte, ne soit pas pareillement considéré par tous ces gens rencontrés dans l’hexagone et dont la préoccupation n’est pas d’épouser des Blancs. La définition même de l’aliénation ! Aliénation que Rockin’ Squat valide et s’empresse de présenter comme une analyse pertinente, bien évidemment, puisqu’il en est le premier bénéficiaire. On a l’impression d’entendre quelqu’un reprocher à un nouveau millionnaire de rouler en Peugeot alors qu’il peut s’offrir une Porsche : pourquoi rester entre vous alors qu’il y a tout plein de Blancs autour de vous qui devraient être votre priorité, comme cela se passe au Brésil ?

Et de voir cette insupportable et arrogante tripotée de sophistes brandissant leur qualité de « couples mixtes » comme si elle leur conférait un titre moral de supériorité sur les autres, se croyant tout permis et se permettant pour ainsi dire tout, des plus basses aux plus abjectes contorsions afin de légitimer leur honteuse récupération persuadés que personne n’osera élever la voix de peur de se faire verbalement lyncher. En quoi le fait d’être un « couple mixte » vous octroie une qualification ou une compétence particulière sur la question du racisme ? Absolument en rien.

La mixité ethno-raciale d’un couple n’a jamais incarné une preuve d’ouverture puisque cette notion inclut tous les rapports sans égard à la nature morale de cette mixité. En d’autres termes, un beauf qui achète une femme dans un pays pauvre en considérant que cet « achat » lui doit reconnaissance et respect pour l’élévation sociale qu’il lui a permis d’avoir, tout en méprisant sa culture qu’il rejette comme inférieure à la sienne, forme un couple mixte au même titre que tous les autres. Essentialiser, c’est refuser d’accepter l’idée que des couples mixtes peuvent se tromper, dire des sottises et défendre des idées nauséabondes et être à ce titre combattus sur le plan des idées qu’ils développent.

En somme, partir d’un à priori positif qui corrèle systématiquement « couples mixtes » à « ouverture » et tolérance relève juste de la stupidité de simplet et de la paresse intellectuelle : Désirer ce n’est pas aimer. Aimer ce n’est pas respecter.

Ce qui fonde votre légitimité sur ces questions est l’application que vous mettez à étudier ces phénomènes, à en décortiquer les rouages, et à en chercher les solutions les plus pérennes sans jamais chercher à en dénaturer le but, ni à en détourner le sens, ni à corrompre le fond. L’antiracisme-spectacle a fait d’incommensurables dégâts en mettant sur un piédestal tous ces penseurs du vide pour, au final, lâcher dans la nature des êtres bouffis de prétention, cyniques à souhait, ne pensant qu’à leur gueule et tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils finissent par croire qu’il y a une corrélation entre dénoncer une injustice  et ériger leur particularité comme étant un élément constitutif de la dénonciation du racisme.

Méfiez-vous donc de ceux qui évoquent sans cesse le métissage en réponse à la question du racisme : ce sont ou des imbéciles n’ayant aucune compétence pour percevoir de manière intelligente la complexité du racisme et de son système d’oppression ou alors des cyniques qui cherchent à tirer profit du racisme. Leur astuce consiste juste à utiliser le métissage comme justification « ultime » afin de faire accepter tout un tas de situations malsaines qui sont les conséquences directes du racisme et qui, à ce titre, devraient être véhémentement dénoncées dans la cadre de la lutte contre le racisme.

Kahm Piankhy

Ci-dessous, deux extraits du rapport de l’Onu sur le racisme au Brésil reproduits dans mon livre L’idéologie de la distance raciale



 

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