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Schoelcher : mythes et réalité (partie 4)

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Un racisme tabou

Il faut bien avouer que la doctrine Schœlcherienne n’est préoccupée, en premier lieu, que par l’amélioration du sort des Noirs. Puis – seulement dans un second temps – par l’anéantissement définitif du préjugé de race vis-à-vis d’eux. De fait, si Schœlcher parle volontiers des moyens d’apprendre aux Blancs l’histoire des Noirs de sorte à ce qu’ils ne les voient plus comme des êtres ontologiquement inférieurs à eux, il passe à côté d’une critique de l’intériorisation de cette infériorité par les Noirs et leurs descendants.
En revanche, il discerne parfaitement le racisme de la classe socio-raciale des mulâtres à l’encontre des Noirs. Racisme qui est venu se greffer sur l’autre, celui des colons blancs. Comme si l’un ne suffisait pas déjà en soi et n’était déjà pas assez abject. Comme s’il lui fallait en plus cette autre concurrence.

Issus des viols exercés sur les esclaves noires par le détenteur blanc de l’autorité, du libertinage des mulâtresses « parmi lesquelles les Blancs viennent chercher leurs maîtresses comme dans un bazar » (1) mais aussi des stratégies sexuelles de femmes esclaves (2), les « gens de couleur » sont donc des libres. Et à ce titre, ils revendiquent d’être traités comme les libres qui constituent la classe des colons blancs avec laquelle ils se sentent d’ailleurs beaucoup de choses en commun. Et ce, même si ces derniers les vomissent au plus haut point et ne cessent de leur rappeler la tâche chromatique indélébile les affiliant à l’Afrique. Si les Noirs n’avaient droit à rien, eux pouvaient avoir des terres. Ainsi, ils possédaient dans une très grande majorité un « cheptel » d’esclaves qu’ils traitaient avec le même mépris et le même déni d’humanité que les colons blancs ne le faisaient.

Le différentialisme racial était la règle chez eux. Ils étaient « très influencés par les idées racistes et individualistes des colons [et] souhaitaient surtout  »éclaircir la race » et « arriver ». Loin de se sentir solidaires des esclaves, lorsqu’ils étaient affranchis, voire après l’abolition de l’esclavage, les mulâtres cherchaient à tout prix à s’en distinguer par l’habillement et le langage. Vis-à-vis des nègres ils manifestaient le même racisme que les Békés (…) Lorsque les nègres se révoltaient, les mulâtres participaient à la répression aux cotés des Blancs, et à la poursuite des nègres qui désertaient les plantations (…) » (3)

Si les sang-mêlé étaient socialement mis en quarantaine en tant que mâles – donc prédateurs sexuels potentiels pouvant cibler les femmes blanches grâce à leur sexualité bestiale héritée de leur africanité – les mulâtresses, elles, étaient très appréciées comme maîtresses d’hommes blancs des îles ou de passage, même mariés. Les pires réputations couraient sur leur compte. Pêle-mêle : leur âpreté au gain, leur arrivisme maladif et leur supposée « licence » qui rendait folles de jalousie les Blanches qui les voyaient comme des ennemies. La quasi-totalité des stéréotypes en cours actuellement sur les filles métisses (les hommes eux, n’existent bien entendu pas. Seules les femmes métisses sont sexualisées dans l’imaginaire occidental et présentées comme faciles, aliénées et ne rêvant que du prince charmant blanc à tout prix et ce quel que soit son aspect physique ) provient de cette période.

« En elles, ces hommes [blancs], à des degrés divers, trouvent les joies du plaisir, mais aussi les satisfactions d’un intérêt plus gestionnaire. Ce sont d’excellentes collaboratrices qui tiennent leurs amants au courant du fonctionnement de leurs propriétés. Pour ceux qui n’ont pas le bonheur de posséder une habitation sucrière ou caféière elles savent devenir un soutien, une associée » (4)

Le fait que « les femmes de couleur qui ont la chevelure crépue s’impose des tortures horribles en la coiffant pour la tirer de façon à laisser croire qu’elle est soyeuse » (5) explique à lui seul l’érection et le maintien obsessionnel d’une distance raciale sous forme de « cordon sanitaire » avec le « Noir biologique » : il faut à tout prix s’éloigner du nègre et s’approprier les attributs de l’esthétique blanche.

D’où, conséquemment à cela, cette taxinomie pittoresque qui attribue un nom particulier à chaque métissage de métissage : câpre, mulâtre, quarteron, octavon etc (6). Les plus clairs méprisent les plus foncés de peau qu’ils considèrent comme moins civilisés qu’eux. Moins blancs, donc moins humains. Ces derniers en faisant de même avec ceux qui se trouvent en dessous d’eux et ainsi de suite. Chacun est le nègre de quelqu’un et les vrais esclaves, eux, sont les nègres de tous.
L’esclave mâle représente l’échelon le plus bas du genre humain. Il est plus proche de l’animal que de l’homme. C’est entendu. Aussi, une seule goutte de sang autre qu’africaine suffit pour ne pas incarner ce Noir biologique, cristallisant toutes les détestations permises par la morale coloniale ? Et c’est la course à l’aristocratie raciale où il devient prégnant que pour « grimper en humanité » il faut coordonner avec intelligence ses stratégies matrimoniales pour s’éloigner le plus possible du phénotype de l’esclave de base. (7)

Toute personne de couleur ayant une goutte de sang autre qu’africaine revendique ainsi avec frénésie, honneur et presque haine une distanciation biologique, physique, sociale, culturelle, civilisationnelle d’avec l’esclave nègre de base que l’on renvoie inéluctablement à l’Afrique honnie, donc à la barbarie, à la sous-humanité stagnante dont on veut absolument s’éloigner. (8)

Peu des « prétendus antiracistes-universalistes » de gauche ( qui ne font rien d’autre que chercher à universaliser leur ethnocentrisme en partant du postulat qui est de considérer leurs références socio-culturelles comme supérieures à celles des Autres.) ont pris soin de décortiquer sérieusement les survivances de ce différentialisme multi-dimensionnel dans les sociétés post-esclavagistes du continent américain.

S’ils élucubrent volontiers sur le racisme extrême, en revanche, ils sont beaucoup moins loquaces en ce qui concerne les corollaires que le racisme a entraîné avec lui : haine de soi, aliénation, incapacité à déterminer sa conscience en dehors des attentes de l’idéologie dominante qui donne le la. Mais, ignorance totale de l’histoire des Noirs, culture du stéréotype racial et fainéantise intellectuelle aidant, beaucoup d’entre-eux se permettent encore aujourd’hui de tout expliquer – manière d’expédier – par le prisme réducteur du métissage. Pour eux, le métissage est la preuve du rejet du racisme. Aucun d’eux n’a en fait compris que c’est plutôt la négrophobie qui alimente depuis toujours le métissage des sociétés post-esclavagistes par le seul biais de ce que Fanon a appelé le « désir de lactification ».

Cette attitude élucide aussi le mystère des origines de l’actuel différentialisme biologique et/ou culturel que l’on rencontre encore dans la plupart des ex-colonies post-esclavagistes des Caraïbes, d’Amérique du nord, d’Amérique du sud, des pays arabes, d’Afrique et de l’océan indien. Le préjugé de race s’est magnifiquement perpétué au point où ses rémanences sont entrées dans les mœurs sans crier gare. Aux Comores ou à Zanzibar, il ne sera pas rare de croiser des « Noirs somatiques » soutenant mordicus qu’ils sont arabes ou descendants de perses.

Il y a ce présupposé qui postule en filigrane que les Africains sont incapables de gérer le métissage et la diversité, de les assimiler, de s’en imbiber et que du moment où certains d’entre eux sont métissés ( réels ou supposés ), ils peuvent se revendiquer de tout sauf de cette Afrique qui se distingue par la spécificité biologique de ses habitants. Le « Noir somatique » aliéné par le racisme multiséculaire qu’il a parfaitement intégré dans ses comportements vis-à-vis des autres Noirs convoque ainsi, comble de l’ironie, la logique des puretés des races pour se défausser de sa propre négrophobie qu’il n’assume pas : il ne sera pas noir, puisque métissé. Le phénotype s’effacera devant la biologie pour lui permettre d’oublier la tâche de l’infamie, jusqu’à ce qu’ une tierce personne, aussi obsédée par la pureté des races et le maintien d’une certaine distance avec ceux qu’elle juge inférieurs à elle, lui rappelle ce qu’ il est réellement.

Au Brésil, pays où cette monumentale mystification nommée « démocratie raciale » a été popularisée par le sociologue Gilberto Freyre, le petit racisme minable et le maintien du « cordon sanitaire racial » ont, là aussi, été détectés par une mission spéciale de L’ONU dans les années 90 :

« Le Brésilien ignorerait le préjugé de race, mais il semble éprouver très nettement le sentiment de la couleur qui se manifeste par un rapport ambivalent au métissage et cache mal une certaine idéologie du blanchiment. A la fois référence intégrationniste – « Nous sommes tous métis » peut-on s’entendre dire – et motif d’exclusion, le métissage apparaît comme le prolongement de la négation de la présence des Noirs (…) Au recensement de 1990, l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) avait ainsi relevé plus de 100 nuances dont les individus interrogés s’attribuaient les caractères, avec pour souci de s’éloigner autant que possible de la couleur noire. Il y a de ce fait une crise d’identité des personnes de race noire au point que certains adeptes du culte pentecôtiste refusent d’être désignés comme noirs ou mulâtres. » (9)

La plupart des mulâtres des colonies françaises propriétaires d’esclaves signera pourtant la pétition pour l’abolition de l’esclavage de 1848. Cependant, tous ne sont pas dans le même état d’esprit. Depuis toujours, et au gré de leurs intérêts, ils se lient tantôt avec les Noirs contre les Blancs – surtout quand ces derniers les rejettent – mais le plus souvent avec les Blancs contre les Noirs. Au Lamentin, le mulâtre Marcelin Thaly, membre du conseil municipal dans lequel il croise et côtoie tout ce que l’élite coloniale compte de fripouilles viscéralement négrophobes et peu recommandables, ne se démonte pas. Il refuse catégoriquement de signer la pétition pour la libération des Nègres. Ses motivations sont purement racistes : « les nègres sont indignes de la liberté, et je ne puis rien signer qui n’ait l’assentiment de mes collègues du conseil » (10)

Schœlcher ne se trompait guère sur la constitution d’une aristocratie raciale entièrement dévouée à l’érection en absolu de sa différence biologique et à la revendication d’une irréductibilité de cette essence à celle des esclaves :

« Revenons aux hommes de la classe libre : Il faut qu’un abolitionniste le leur dise, il est urgent de l’avouer, dans la lutte sourde qui a lieu sur la terre des Antilles, ils nuisent eux-mêmes à leur propre cause ; (… ) Ce que les commissaires de la Convention écrivaient en juillet 93, aux hommes de couleur de Saint-Domingue, est encore vrai aujourd’hui pour ceux de la Martinique et de la Guadeloupe :  »Vous avez parmi vous des aristocrates de la peau, comme il y en a parmi les blancs, aristocrates inconséquents et plus barbares que les autres ; car ceux-ci ne gardent pas éternellement leur fils dans les fers ; mais vous ce sont vos frères et vos mères que vous voulez tenir à jamais en servitude ». Il n’est que trop vrai, les mulâtres se sont courbés eux-mêmes sous la fourche du préjugé, ils n’ont pas moins de dédain pour les noirs, les insensés ! que les blancs n’en ont pour eux ; et un mulâtre se ferait autant scrupule d’épouser une négresse, qu’un blanc d’épouser une mulâtresse ! (…) [Les mulâtres] se chargent de justifier la répulsion des blancs pour eux par celle qu’ils éprouvent à l’égard des nègres. Pour mériter la sympathie des hommes de bon sens et de bon cœur, le premier devoir serait de se mettre de niveau avec la civilisation et d’accorder aux autres ce qu’ils réclament pour eux-mêmes. Cet éloignement qu’ ils montrent vis-à-vis du nègre est un scandale aux yeux de la raison, une joie profonde pour leurs ennemis ; et ce qui maintient la force des colons, ce qui perpétue leur supériorité, c’est précisément la haine que les sang-mêlés ont créé par leur orgueil, entre eux et les noirs. Ceux-ci les détestent, et leurs proverbes toujours aussi admirablement expressifs ne manquent pas contre leur fils insolents  » quand milate tini iun chouval, li dit négresse pas maman li » (11)- Les gens de couleur voudraient s’ élever jusqu’ aux blancs, mais sans faire monter les noirs avec eux ; ils ne réussiront pas (…) Les sang- mêlés d’Haïti prêtèrent en vain leurs coupables services à la classe blanche contre les esclaves. La classe blanche ne fit que les mépriser d’avantage ; ils ne se relevèrent qu’après s’être associés aux esclaves, et tous les malheurs qu’éprouve encore la jeune république haïtienne tiennent, on peut dire, à de vieux restants de l’aristocratie épidermique. » (12)

Sur ce point, Schœlcher était catégorique au point d’être inflexible : les Noirs et les mulâtres devaient ne faire qu’un en toute circonstance. Aussi, lorsqu’en 1883, un groupe de contestataires guadeloupéens nommé les Cinquante nègres se forma, ses porte-parole sollicitèrent le soutien du citoyen symbole Schœlcher. Le groupe voulait dénoncer « l’arrogance des mulâtres ». Ces derniers avaient comme intention, toujours selon lui, de dominer les nègres. Schœlcher légitima son refus comme suit : « en cherchant à fonder une association des nègres tendant à faire croire qu’ils ont des intérêts différents de ceux des mulâtres, vous vous exposez à sacrifier les uns et les autres ». Pour lui, Noirs et Mulâtres devaient se dire « nègres » quel que soit leur degré de pigmentation. Former une association de Noirs désignant les mulâtres comme ennemis à abattre ne pouvait faire que le jeu des colons blancs. Colons qui, il faut le rappeler, déniaient toujours, même après l’abolition de 1848, le droit aux mulâtres et aux Nègres de se dire citoyens français. A leurs yeux, ils étaient les seuls à pouvoir revendiquer cette citoyenneté que leur disputaient des gens qu’ils considéraient comme des « paresseux » et des « imbéciles ». (13)

De l’abolitionnisme au paternalisme

Selon la doctrine Schœlcherienne, les préjugés de race à l’encontre des Noirs s’envoleront avec le temps et le métissage entre Blancs et Noirs : « Laissons au temps à achever l’œuvre de ces hardis novateurs [blancs qui épousent des femmes de couleur]. Quoi qu’en disent les vieux créoles qui voient la chose publique mise en péril par de telles témérités, c’est par là qu’elle sera préservée du mal ; c’est dans ce nouveau mélange des genres que se perdront les derniers vestiges du préjugé. Nous y voyons l’avenir des colonies » (14)

Par manque de recul, Schœlcher a, au fond, une vision purement ethnocentriste. Il suffit d’observer ses propositions, inspirées de celles de l’abbé Grégoire, faites pour améliorer le sort des Noirs. Parmi ces suggestions, en figure une, la numéro 6, qui relève d’une discrimination positive avant l’heure : « admission dans les emplois publics aux colonies comme en Europe de tous les Noirs et sang-mêlés qui en seront trouvés dignes ; préférence à leur égard jusqu’à l’anéantissement du préjugé » (15).

Tout comme paraît l’encouragement des mariages entre femmes blanches/hommes noirs et hommes blancs/femmes noires, la valorisation de la famille ou l’envoi de missionnaires éclairés pour enseigner cette fameuse morale qu’il exige des Nègres afin qu’ils soient prêts au moment de leur liberté.

C’est là un des fondements de sa doctrine : les Noirs esclaves ne sont pas stupides parce que noirs mais parce que leurs maîtres les laissent croupir dans l’ignorance. On ne sera donc pas étonné qu’il fasse appel aux missionnaires pour trouver une solution à ce problème moral. Tout en prenant soin de demander expressément de ne pas dépêcher aux colonies des prosélytes religieux trop zélés puisque « les Nègres, avec leur ardente imagination, ont comme tous les méridionaux, une extrême propension au fanatisme et à l’idolâtrie» (16)

On remarquera, plus largement dans la presque totalité de propositions, qu’il n’est presque jamais question du désir des esclaves. Un peu comme s’ils étaient les acteurs passifs de leur déchéance, ou comme s’ils étaient encore mineurs. Un point qui est à juste titre reproché à Schœlcher.
De même que fut à juste titre reproché aux confectionneurs du mythe « Victor Schœlcher » d’avoir phagocyté la bravoure téméraire et les luttes acharnées des esclaves des colonies pour ne retenir qu’une lecture paternaliste de l’histoire. A savoir : la magnanimité du bon français blanc face à des esclaves apathiques et totalement insensibles à leur propre sort (17). Ce vieux fantasme de la victime expiatoire, passive et solliciteuse d’une attention que des bons samaritains magnanimes et désintéressés viennent leur dispenser est très répandu dans l’antiracisme français actuel. Tout cela n’est donc bien sûr pas nouveau. On le voit.

 

Kahm Piankhy 2005, mis à jour en janvier 2017

 

NOTE

1. Cité dans «Des colonies françaises. Abolition immédiate », page 192

2. Schœlcher raconte de quelle manière il constata de lui-même comment des parents esclaves poussaient leurs filles à peine pubères à aller chercher les faveurs du maître. Pour beaucoup de femmes esclaves, avoir un enfant avec un blanc était une autre manière de bâtir un meilleur avenir pour sa progéniture loin de sa condition d’origine, tout en la revêtant de l’habit des gens à « peau sauvée ».
Les femmes esclaves sont ainsi élevées dans le mépris du mâle noir, perçu comme un être sans responsabilité, un vaurien incapable de subvenir à leur besoin les plus élémentaires. Ce mâle est vu comme une âme soumise, qui pouvait être violé – et certains hommes l’étaient – comme l’étaient de toute façon déjà femmes et enfants. Les hommes sont donc à l’échelon le plus bas de la société coloniale, ce qui se fait de pire en somme. Tandis que les femmes noires, objet de désir et de débauche d’hommes qui ont droit de vie et de mort sur elles, peuvent jouer sur leur charme.

3. Julie Lirus « Identité antillaise », éditions Caribéennes, p. 20-21

4. Pierre Pluchon, p.206. Op. Cit

5. Cité dans «Des colonies françaises abolition immédiate », page 201

6. Le chabin est le « nom vulgaire des hybrides du bouc et de la brebis ». Le terme mulâtre est la « corruption de l’espagnol « mulato », dérivé de « mulo », « mulet ». Aux colonies on dit aussi mulate et mulatesse, à l’imitation de l’espagnol mulato et mulata » ( Littré)

7. Dans son roman qui se déroule durant les années 40, « Les vacances de l’oberleutnant von La Rochelle », page 243, Gilles Perrault évoque ce phénomène de la négrophobie. L’histoire du roman, en tant que telle, laisse cependant à désirer : c’est celle d’un nazi fou de race aryenne dont le sous-marin s’est échoué sur les côtes martiniquaises. Blessé et recueilli par un médecin béké nommé Propiac, le zélé adorateur du führer découvre le métissage à travers les aventures sexuelles qu’il a avec les filles de l’île. Sous des remugles qui flairent bon le roman colonial à plein nez, ces filles semblent n’être que des soubrettes avides que le civilisé blond et nazi vient cueillir à maturité pour son propre plaisir. Le mythe de la métisse facile marche à plein nez. Et l’on fait de cela une morale ? Comme si des coups de reins engageaient une remise en cause de sa conscience morale…Passons.
Lors d’un banal échange, le médecin Propiac s’adressera à son hôte SS en ces termes : « La peau. Ils sont obsédés par la peau. Une seule idée en tête : éclaircir la race. D’un enfant qui naît plus clair que les autres, ils disent qu’il est  » sauvé  » (…) Plus d’esclavage, plus de fouet, et pourtant il nous suffit d’un claquement de doigts pour qu’elles s’allongent et écartent les cuisses. Éclaircir la race. J’ai cru remarquer que vous regardiez mes servantes. Des négresses, n’est-ce pas ? Mais non. Vous n’imaginez pas la variété des noms qui marquent une toute petite différence de couleur : mulâtresse, chabine, métisse, quarteronne, et j’en passe …Ici, celui qui est un peu plus clair méprise celui qui est un peu plus sombre. Et nous ? Avec notre peau blanche, nous représentons l’idéal absolu, nous sommes en haut de l’échelle et nous les regardons se bousculer pour escalader les échelons et se casser la gueule, bien évidemment, car survient toujours un gros nègre tout noir qui les fait retomber dans le goudron, comme ils disent … »

8. Pendant ce temps, la communauté des libres de couleur de Philadelphie prêtèrent ce serment en 1817 : « Nous jurons de ne jamais nous séparer volontairement de la population esclave de ce pays. Les nègres sont nos frères par les attaches du sang et de la souffrance, et nous comprenons qu’il est plus vertueux d’endurer des privations avec eux que de jouir pour un temps de quelques avantages imaginaires ». Cela ne signifie pas pour autant que l’aristocratie raciale n’ait pas existé aux USA : elle a existé et existe partout où le racisme, compagne fidèle de l’esclavagisme des nègres, est apparu. Sans exception. Y compris dans les pays arabes et en Afrique, surtout dans les pays lusophones.

9. Rapport sur le racisme et la discrimination raciale de M. Maurice Glèlè-Ahanhanzo, mission effectuée au Brésil du 6 au 17 juin 1995, conformément aux résolutions 1993/20 et 1995/12 de la Commission des droits de l’homme de l’O.N.U

10. Victor Schœlcher « Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, livre 1. », page 186.

11. Note de V. Schœlcher : « Quand un mulâtre a un cheval (possède quelque chose), il dit que sa mère n’était pas une négresse (…) Le reproche que nous faisons ici à la classe de couleur de nos Antilles ne leur est pas particulier ; toutes les îles à esclaves offrent le même spectacle de démence. (…) La aussi comme chez nous un esclave aime beaucoup mieux appartenir à un blanc qu’à un sang mêlés, ce qui veut dire que les sangs mêlés traitent leurs inférieurs avec plus de dureté que les blancs le font »

12. Victor Schœlcher « Des colonies françaises. Abolition immédiate » page 201 et 202
13. Précision : il s’agit ici de l’avis du seul Victor Schœlcher et rien d’autre. De même que plus généralement, les avis donnés entre guillemets sont la propriété de leurs auteurs.

14. Cité dans «Des colonies françaises. Abolition immédiate », page 213

15. Cité dans «Des colonies françaises. Abolition immédiate », page 178

16. Cité dans «Des colonies françaises. Abolition immédiate », page 180

17. Cette vision est caricaturale. Les révoltes violentes des esclaves sont à l’origine de la première abolition française. Les sessions de l’Assemblée constituante de 1791 ne remettent absolument pas en cause la traite négrière. Les révolutionnaires acceptent même de continuer à payer des primes aux propriétaires d’esclaves au nom de l’aide au développement invoqué pour favoriser l’essor des colonies. Car il faut voir que la traite et l’esclavage sont en France une véritable source de profits. Les révolutionnaires ne sont pas encore prêts à brider puis détruire ce mal aussi facilement. Ce sont les révoltes violentes d’esclaves qui poussent les commissaires civils à rendre l’abolition effective dans le deuxième semestre de 1793. Le 4 février 1794, la Convention abolit l’esclavage officiellement : la peur de voir le chaos s’installer dans les colonies et surtout le basculement de ses bouts de terre dans le giron des ennemis anglais et espagnols incitera la Convention à mettre fin temporairement à la servitude des Noirs dans les colonies…avant que Napoléon n’arrive huit ans plus tard.

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