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 Bienvenue sur le site de Kahm Piankhy

www.Piankhy.com est un site orienté histoire et sociologie du monde afro.
C'est un site militant dans le sens où il défend une cause et se donne pour but de récolter et partager des informations socio-historiques qui permettent de mieux appréhender la condition humaine des Afro d'aujourd'hui.

 
Les articles de Kahm Piankhy : Ni noirs ni blacks et surtout…surtout, chacun chez soi
Posté par Piankhy le 21/06/2006 07:20:00 (6190 lectures)

La commémoration de l’abolition de l’esclavage en mai dernier a donné lieu à une véritable libération de la parole jusqu’ici retenue. Subséquemment, on eut droit à un largage de fiel qui permit enfin de mieux appréhender les petites guéguerres qui se tramaient dans un certain monde associatif


Depuis maintenant plusieurs semaines, le Collectif DOM se montre peu avare en communiqués où la mauvaise foi le dispute à la bêtise, à l’outrance et à la démagogie. La cible de ces communiqués ? Le CRAN, à qui le Collectif DOM reproche de s’approprier un combat - celui pour la mémoire des esclaves - que les associations domiennes menaient depuis toujours. En réalité, il reproche surtout la reconnaissance du CRAN par les autorités officielles du gouvernement qui en ont fait un interlocuteur privilégié au détriment de ceux qui auraient voulu être califes à la place du calife.
 
Dernièrement encore, le même Collectif - par la voix de Claude Ribbe - a tenté d’impliquer Stéphane Pocrain et le CRAN dans la descente de la Tribu Ka rue des Rosiers en affirmant que tout était lié :  « La tribu Ka constitue l’aile extrême d’un mouvement ’’ noiriste’’ et communautariste favorisé par l’apparition d’un Conseil représentatif des associations noires de France (Cran ). Ce mouvement, qui ne représente que ses responsables (Patrick Lozès, Louis-Georges Tin) et ses soutiens politiques, universitaires ou médiatiques (Stéphane Pocrain, Fodé Sylla, Pap Ndiaye) est condamné par toutes les associations d’outre mer et par la majorité des associations africaines ». Raison supplémentaire pour dissoudre et la Tribu Ka et surtout le CRAN.

Mettons les choses au clair tout de suite : il y a deux aspects à retenir dans ces communiqués :

• La mise à l’écart des groupes associatifs qui se sont toujours impliqués dans ce combat commémoratif au profit du CRAN, défini comme nouvel interlocuteur privilégié.

• Le manque de précautions oratoires  de ceux qui se répandent en discours menaçants et généralisants qui suintent l’aigreur.

En ce qui concerne la création du CRAN et la prévalence de celui-ci dans le dialogue « communautaire », force est d’admettre que le sentiment de trahison est parfaitement compréhensible puisque le tout-jeune CRAN s’est quasiment substitué aux associatifs historiques qui honoraient ces commémorations jusqu’ici. Les autorités, dans un élan qui fleure bon le colonialisme, fantasment  sur un dialogue socio-communautaire avec des interlocuteurs   idéaux et, quand elles ne les trouvent pas, les fabriquent  en leur construisant une légitimité en quelques mois.  
 
Si le premier aspect est parfaitement plaidable, le deuxième, quoiqu’il soit le corollaire du premier, est quant à lui tout simplement ignoble et d’une évidente mauvaise foi. Pour ceux qui restent à l’écart de toutes ces associations d’autoproclamés jurant parler « au  nom de » alors que personne ne les a élus, les premiers billets anti-CRAN de Claude Ribbe avaient de quoi étonner par leur virulence. On ne comprenait pas tant de violence.
Dans celui nommé « Le zouk du cran », on peut comprend que le CRAN essaye « de s’approprier ce que font les autres » et qu’il ne se compose que d’une « poignée de béni-oui-oui […]ouvertement raciste, [ qui ]exacerbe l’extrémisme et l’intolérance ». Il apparaissait que la violence du verbe exprimé ici était avant tout attachée à la carnavalisation des commémorations liées à l’esclavage que le CRAN se destinait à réaliser en organisant un concert pour le 10 mai.

Une autre salve arrivera avec le président du Collectif DOM. Le nom du papier ? « Le CRAN porte la haine entre Noirs et Blancs» (1) : « Le CRAN prétend représenter les Noirs en France, unis par la seule couleur de peau qui les déterminerait. Les médias surenchérissent en fantasmant sur le vote noir, la question noire, la communauté noire...Cette vision est fondée un pré-supposé raciste, directement issu de l’esclavage et de la colonisation : contrairement aux Blancs, les Noirs seraient des êtres inférieurs qui n’ont pas de conscience sociale et politique, d’identité, de problématiques personnelles et collectives... :_ Sans papiers, immigrés, Français d’origine africaine, originaires d’outre-mer, tous les mêmes, ils sont noirs._ Droite, centre, gauche, extrême-gauche : ils sont noirs.
_ Chrétiens, musulmans, animistes, polygames, pratiquant l’excision : pas de différence
_ Pauvres/riches, jeunes/vieux, noirs/métis plus ou moins clairs : peu importe, ils sont identiques.

Aurait-on l’idée de dire à un Français « blanc » que du fait de sa seule couleur de peau, il aurait la même problématique qu’un Russe ou un Finlandais ? A l’évidence non.
 Accepterait-on une association blanche excluant les Noirs comme le revendique le CRAN, qui ne permet pas à un blanc d’en être membre (ils ont créé les amis du CRAN pour éviter justement de devoir rendre des comptes sur cet apartheid) ? Clairement non.
Avec trois grands-parents blancs et un grand-parent noir, est-on noir ? Y aurait-il une pureté de la race blanche qui serait ternie par la moindre goutte de sang’’ noir’’ ? »

Notons que cet argumentaire pourrait très bien être utilisé pour affirmer qu’il n’existe aucune légitimité en ce qui concerne l’existence d’une association représentative des Domiens puisque « pauvres/riches, jeunes/vieux, noirs/métis plus ou moins clairs : peu importe, ils sont identiques » aux yeux de certains. Reconnaître qu’il y a des Noirs en France ne constitue pas en soi une construction raciste ou même racialiste du genre humain, comme il est arrogamment postulé ici. C’est le racisme qui est venu se greffer sur le constat du réel et ce constat faisait état d’une diversité de types physiques en ce qui concerne les individus peuplant la terre. Quand les Peaux-Rouges évoquaient les « visages pâles » il n’y avait aucune projection hiérarchisée d’essence raciale qui faisait de ces derniers des inférieurs. C’était pour eux une simple description somatique qui distinguait ces nouveaux venus des locaux qu’ils étaient habitués à voir. En revanche lorsque les Français du XVII ème siècle appellent les Indiens Caraïbes, les « sauvages », on sait à quoi s’en tenir.

Le racisme existait avant la construction idéologique et scientifique du terme  « race ». Ce n’est pas le concept de race qui le créé, il ne fait que le rationaliser en lui donnant un cadre normatif. Chronologiquement, le mot « racisme » est élaboré largement après celui de « race » alors qu’ en tant que représentation abstraite, il lui est largement antérieur. Il existait du racisme avant même que le mot n’existe et avant même que l’on ne parle de race. Ce sont donc les mots qui sont venus caractériser des convictions préexistantes.
Ce n’est  qu’au XVIII ème siècle que l’on commença à employer le terme de race  pour désigner les groupes humains  sur la base de caractères physiques communs. Avant cela, l’utilisation du terme avait deux sens : l’un pour déterminer les lignées royales et l’autre dans le cadre animalier. Le « sang impur » évoqué dans la Marseillaise n’est autre que le sang de la « race » des nobles, puisque ceux-ci étaient perçus comme les descendants des envahisseurs Francs ( donc des rejetons de Germains ) tandis que le Tiers-état  ( le troisième ordre de l’Ancien Régime venant après le clergé et la noblesse ) représentait, lui, le vrai peuple gallo-romain de France dans toute sa quintessence.

Ce n’est donc pas la race en tant que vocable qui fonde le racisme et encore moins sa réalité puisque nous savons que les races n’existent tout simplement pas : il n’existe qu’un genre qui est homo, qu’une seule et unique espèce dite homo sapiens - l’être humain - et aucune subdivision de cette espèce en « race » n’a été démontrée jusqu’ici. Le racisme se constitue donc à partir d’un processus d’interprétation des différences physiques et/ou culturelles entre les hommes qui sont vues comme autant de preuves d’une subdivision de l’espèce humaine - homo sapiens - en entités raciales/biologiques pouvant ensuite être  hiérarchisées à des fins d’exclusion, d’exploitation, de domination, d’extermination etc.   
 
Claude Ribbe dans un autre article titré « Et pan sur le bec ! » poursuit ses attaques anti-CRAN :

« Ces messieurs, téléguidés et financés par des lobbies racistes, annonçaient franchement la couleur. Au xxie siècle, un mouvement créé au nom de la race, il fallait oser !»

Qui sont les lobbies racistes en question ?  Qui parle au nom de la race ? Visiblement Claude Ribbe a de grandes difficultés à différencier « race » et dénonciation du racisme. Pour lui la « Société des Amis des Noirs » de Mirabeau, l’abbé Grégoire et La Fayette doit équivaloir au KKK et la négritude [ il se trouve que le Collectif DOM lança récemment un appel pour rendre hommage à Aimé Césaire, le chantre d’un « mouvement raciste » selon sa manipulation définitionnelle du terme ] serait le pendant de l’idéologie national-socialiste allemande.  Malheureusement, les idées n’ont de sens qu’à travers les valeurs qu’elles portent et les valeurs du CRAN, quoique critiquables sur plusieurs plans, n’ont pas grand-chose de commun avec celle d’une organisation raciste.

D’autant que sur le site du CRAN, il est bien précisé que :

« A la question "qui est noir?" nous ne répondons ni par des arguments de nature (qui renverraient à une conception biologisante de la race) ni par des arguments de culture (qui renverraient à l'infinie variété des différences culturelles entre les hommes) mais par des arguments sociopolitiques : dans les sociétés où ils sont minoritaires, est noir celui qui est réputé tel, est noire, a minima , une population d'hommes et de femmes dont l'expérience sociale partagée est celle de discriminations subies en raison de la couleur de leur peau. Les Noirs ont en commun de vivre dans des sociétés qui les considèrent comme tels. Le plus souvent, ils n'ont pas le choix d'être ou de ne pas être tels qu'on les voit. Pour paraphraser les propos de Sartre, un Noir est un homme que les autres hommes tiennent pour noir. »

On voit clairement ici la mauvaise foi des divers papiers d’un Collectif DOM qui feint la détection d’une évocation biologisante du Noir pour arguer d’un  racisme fantasmé qui l’arrangerait pour discréditer un concurrent. Il en est ainsi de la question sur les « métis plus ou moins clair » posée par Karam, comme si c’était la biologie qui définissait le Noir moins que le phénotype ou moins que la manière dont il se définit lui-même.
 
La définition biologisante du Noir pourrait en revanche plus facilement se retrouver dans la bouche de ceux qui partagent les « valeurs » du Collectif DOM, de Claude Ribbe (2) et des défenseurs de la créolité. Ce serait mais alors un jeu d’enfant de décortiquer les différentes analyses de tous les adeptes du « je ne suis pas noir j’ai du sang indien et chinois », pour constater qu’il y a là une authentique définition biologisante du Noir qui présuppose l’existence de races pures ayant été altérées par le mélange au point que ceux qui en descendent ne puissent plus se prévaloir d’être noirs. Chiche ? Comme l’écrivait l’anthropologue Jean-Luc Bonniol, « il y a un là paradoxe qui n’a peut-être pas suffisamment retenu l’attention des analystes : l’idée de métissage procède du même argumentaire essentialiste que la " race ", et le point central du paradoxe réside dans le fait que ce sont les antiracistes "scientifiques" qui récemment , en ont chanté les louanges, au moment même où ils le niaient en rejetant les distinctions raciales » (3)
 
Maintenant, chacun a le droit de se déterminer comme il veut. Mais  lorsqu’une exclusion touchant des Noirs est constatée et indexée, que ceux qui fanfaronnaient jusqu’ici en revendiquant de ne surtout pas être noirs, aient la décence de fermer leur clapet et évitent d’intervenir sur des sujets qui, rappelons-le, ne les regardent pas. Et ce droit inaliénable qui est le leur de ne pas se sentir concerner par tel ou tel sujet ne décrète en rien l’interdiction de la prise en compte d’une exclusion ou d’une souffrance réelle. Il est bien trop facile de revendiquer avec force de ne pas être noir lorsqu’il s’agit de se distancer des gens à problèmes puis de le devenir par intérim quand il s’agit de profiter de la « discrimination positive » ou lorsqu’ il faut détruire ce que font ceux qui agissent - la soudaine couleur noire servant dans ce cas précis de caution morale. Un peu de logique et de bon sens ne font pas de mal.
 
Dans le Vrai Journal de Karl Zéro, on a entendu le président du Collectif DOM affirmer que la différence existant entre un Guadeloupéen catholique et un Africain musulman et polygame démontre, si besoin en est, l’absurdité de l’évocation d’une « question noire ». Seulement, il n’a jamais été dit nulle part que la prise en compte des exclusions spécifiques que peuvent subir les Noirs dans cette société fortement marquée par le racisme soit le prélude d’une revendication d’une nature ontologique commune de tous les Noirs. À quoi rime donc ce type de commentaires, si ce n’est sous-entendre, sans avoir le courage de le dire, « on ne veut pas se mélanger à ces gens-là » ?  
 
On notera d’ailleurs que le président de ce Collectif DOM, Patrick Karam, est antillais d’origine libanaise et que lorsqu’il évoque des Noirs français d’ascendance africaine il les nomme toujours «  les Africains ». Il rattache donc leur nature à une origine, même pas culturelle, mais clairement anthropologique. Ce qui dans son cas ne devrait pas en faire un « Antillais » mais un Arabe, puisque c’est ce qu’il est sur le plan anthropologique. Ceci étant dit, la « question noire », qu’elle existe ou non, le regarde en quoi à partir de ce moment ?
 
Si certains Noirs peuvent être amenés à se  réunir pour s’occuper d’affaires importantes pour eux - et inintéressantes pour les autres, sinon pourquoi n’en ont-ils jamais parlé naturellement ? - c’est parce qu’ils ont une conscience en mesure d’appréhender des réalités qui indiffèrent la majorité des Français antiracistes. Le cliché raciste par excellence c’est donc de dire : les Noirs se réunissent sur la base de leur couleur de peau. Et de sous-entendre par ce biais que l’ensemble des dispositions qui constitue le mobile de leur rassemblement ne repose que sur une coloration en niant l’évidence discriminatoire et le mépris qu’affichent les antiracistes institutionnels sur tout un tas d’aspects échappant à leur grammaire antiraciste ethnocentrée. L’antiraciste de base aura tendance a évoquer le fait qu’il ne soit pas raciste et affectera de mettre en avant ses affinités avec des gens colorés. Le racisé, lui, sauf quand c’est un aliéné, n’en a que faire de ces sornettes et exige la prise en compte de ses problèmes. Car s’il dénonce le racisme c’est moins par complexe d’infériorité que par souci des injustices que celui-ci génère.
C’est donc moins la couleur de peau qui caractérise leurs affinités que la conscience socio-politique de contestation ( dans le sens d’une remise en cause ou d’un refus des valeurs qu’une société et ses institutions se croient obligées d’imposer à tous au nom du bien ) qu’ils se sont forgés.

De plus, la culture n’est pas le seul déterminant qui construit l’identité.  Une communauté d’idées ou de conscience ça existe aussi et c’est justement parce qu’elle pulvérise les principes ethnocentrés des gardes-chiourmes communautaristes que ces derniers y voient un danger pour leur fond de commerce.
En France, le Noir originaire du Sénégal, du Congo, des Antilles, des Comores etc. ne constituent plus que des Français dont les caractères somatiques les distinguent des autres Français : il y a plus de Noirs français que de Noirs étrangers en France. S’ils se battent dans une société qui est la leur, ce n’est pas en tant que membres de leur ethnie d’origine puisque ce n’est pas au nom de cette ethnie d’origine ou de la tribu à laquelle ils appartiennent qu’ils sont ostracisés (4). Dans ce sens, certains d’entre eux peuvent se retrouver sur une base d’idées communes fondées sur leur propre expérience du réel et de la conscience qu’ils ont développés par rapport à ce vécu, tout comme des prolétaires édifient une conscience social par rapport à l’exploitation qu’ils subissent eux et leurs parents. Il n’y a donc vraiment rien d’extraordinaire.Le problème est moins lié à une défense d’une cause qu’à l’interlocution entre autorités et « représentants légaux des Noirs », pompée sur le modèle religieux qui a vu naître l’UOIF - union des organisations islamiques de France. Ceux qui défendent leur cause n’ont pas à parler au nom des Noirs ou de la « communauté noire » mais à soutenir un point de vue qui peut effectivement relater un problème les concernant. Ce qui n’est pas la même chose.


La gestion des autorisations
 
L' autre angle d’attaque du Collectif DOM et de Claude Ribbe  est la mise en avant de la légitimité des Domiens sur l’esclavage tandis que la traite serait l’affaire des Africains. C’est une gestion des autorisations que l’on pourrait appeler le « chacun à sa place ». Et ceux qui professent cette règle savent de quoi ils causent…puisqu’ils ont porté plainte contre la société Nutrimaine pour dénoncer l’imagerie coloniale du « Noir Banania » symbolisée par le tirailleur domien, pardon sénégalais.   
 
En fait, le Collectif DOM a totalement remanié sa dialectique depuis l’avènement du CRAN. Car lorsque l’on va sur leur site officiel, les archives trahissent les prises de position du moment. Les Noirs n'existent pas mais pourtant le Collectif DOM se plaindra des propos de Max Gallo qui affirmait ne pas savoir si Napoléon était un criminel de guerre  :
 
« L’esclavage a été rendu possible par la négation de la qualité d’être humain des noirs, supposés de pas avoir d’âme mais être de simples objets. Est-ce la raison pour laquelle Max GALLO considère que la souffrance des noirs est moins importante que celle reconnue, à raison, pour les Juifs ou pour les Arméniens ? Falsificateurs au regard de l’histoire : Il s’agit d’une tentative de minimiser l’esclavage des noirs, système odieux dans son organisation et implacable dans sa réalité avec son cortège de déportation, de morts, de viols, de violences, de reniement de l’être et des droits. Max GALLO qui veut exonérer de ses fautes NAPOLEON BONAPARTE prend la grave responsabilité de réécrire l’Histoire »
 
Claude Ribbe, en janvier 2005, intitule un de ses articles « Pour un centre de l’Amérique africaine » et s'indigne « qu’il n’existe en France aucune institution [...] qui a vocation de faire connaître l’histoire et les cultures de la diaspora africaine ». Puis il appuie l’idée d’un centre des peuples de la diaspora africaine :  « L’Amérique étant, à ma connaissance, plus africaine que latine, à quand le centre de l’Amérique africaine ? ». C’était il y a un peu plus d’un an, bien avant la naissance du rival...
 
Patrick Karam défend depuis assez longtemps l’idée que l’esclavage ne concernait que les Antillais.  Claude Ribbe l’a finalement rejoint dans cette position après avoir tergiversé pendant des jours en tournant autour du pot. On sentait bien qu’une bombe allait être lâchée sur son blog,  ne serait-ce que dans le constat de la manière dont il commençait à nommer les « suppliciés » du CRAN en précisant avec une inquiétante insistance leur origine ethnique pour bien faire enregistrer à ses lecteurs que ces gens ne sont pas de la même nature qu’eux : Pap N’Diaye est un français « d'origine sénégalaise » et Patrick Lozès un « fils de ministre de l’ex-Dahomey » :
 
« Car l’esclavage est encore une autre tragédie dont l’existence d’une diaspora africaine en Amérique est la preuve vivante. Pour ce qui est de la France, les départements de l’Outre-mer sont toujours marqués par cette tragédie. Quant à Haïti, dont ces messieurs noiristes ne parlent guère, c’est une véritable horreur. La traite concerne donc les Africains tandis que l’esclavage concerne les Antillais, les Haïtiens, les Sud-Américains, les Africains-Américains, les Réunionnais, les Mauriciens qui descendent de ceux qui, déportés d’Afrique, ont eu à subir la condition d’esclave. C’est donc bien en priorité aux habitants des départements d’Outre-mer et à ceux qui, comme moi, en sont issus, de s’occuper de la mémoire de leurs ancêtres et de leurs compatriotes. Voici une évidence qui ne devrait choquer aucun Afro-Français. Il n’y aurait aucun problème pour moi si quelques-uns d’entre eux ne s’étaient arrogé, depuis quelques mois, le droit de s’exprimer au nom de l’Outre-mer. Tout cela, bien entendu, avec l’appui de certains politiques particulièrement cyniques, mais qui paieront leurs manœuvres au prix fort d’ici quelques mois, qu’ils se le tiennent pour dit ! » 
 
On imagine que pour des raisons idéologiques, les cas de Gorée et Saint-Louis du Sénégal furent oubliés alors que l’abolition de 1848 concernait autant les esclaves domestiques du Sénégal ?  Les Capverdiens apprécieront aussi d’être radiés de la gold list de M. Ribbe. Idem pour le Libéria et la Sierra Leone qui accueillirent des vagues successives d’esclaves américains.  On ose cependant espérer que cette postulation qui ordonne à chacun de rester à sa place se fait bien dans le cadre de ce que l’on appelle la « traite atlantique ». Car sinon les descendants d’esclaves des pays d’Afrique du nord, des Comores, de Tanzanie etc. vont aussi avoir leur mot à dire.
 
Dans un courrier de soutien à Claude Ribbe, l’« écrivain martiniquais », Raphaël Confiant fera même des Antillais les uniques victimes de cette horreur, renvoyant Européens et Africains dans le camp des acteurs actifs, pour les uns, et passifs pour les autres :
 
« En tant que descendant de Déporté et arrière-petit-fils d’esclave, je n’ai AUCUNE LECON à recevoir ni de ceux qui ont pratiqué activement la Traite ni de ceux qui l’ont pratiqué passivement.Je n’ai aucune leçon à recevoir ni des Européens ni des Africains.En tant qu’Antillais, je suis une victime absolue. Ni les Européens ni les Africains n’ont été arrachés à leur terre natale (sic), métissés de force et contraints de travailler trois siècles et demi gratuitement Camara Laye, l’auteur de "L’Enfant noir", raconte, par exemple, comment les premiers Blancs sont arrivés dans sa région de Guinée en ...1888. Quant au Rwanda et Burundi, les premiers Blancs y sont arrivés en ...1901.Cela faisait déjà 2 siècles que mes ancêtres à moi, Antillais, subissaient le fer et le fouet dans les plantations de canne à sucre des Amériques. Donc je n’ai aucune leçon à recevoir de qui que ce soit»
 
On ne sait pas si l’on doit rire ou pleurer en lisant cela. Mais cette affaire du CRAN a cela de bien qu’elle libéra vraiment la parole.
À Sao-Tomé et Principe, au large du Gabon, les Portugais faisaient travailler des esclaves africains dans les champs de canne à sucre à la fin du XV ème siècle alors qu’à cette époque les Français ne s’étaient même pas encore lancés dans le trafic négrier et que le premier esclave ne mettra les pieds en Martinique qu’au XVII ème siècle. Sao Tomé et Principe connaîtra une révolte d’esclaves qui détruira les plantations… en 1574. Cette révolte doit sûrement relever, sur le plan historique, du « point de détail ».

Nous savons qu’il y a plus d’Africains victimes de la traite et de l’esclavage que d’Africains acteurs. Et de très loin. Le « commerce » honteux des États des côtes - auxquels on ne doit trouver absolument aucune excuse - touche une quantité insignifiante en personnes impliquées par rapport aux dizaines de millions de victimes de l’intérieur du continent. Mais Raphaël Confiant fait de tous les Africains - victimes comprises - des acteurs de la traite atlantique à travers sa généralisation. Voyez la sottise du raisonnement : si l’on suit la « logique » du grand penseur de la créolité, cet ancêtre dont il descend était donc un acteur passif de sa propre perte, donc bourreau.
Des bourreaux ou des victimes, les victimes sont  bel et bien  numériquement supérieures, ce qui devrait formellement interdire l’utilisation d’un article défini pluriel tel que « les » pour désigner précisément la minorité qui a collaboré à la traite. C’est une règle qui échappe à un Raphaël Confiant aveuglé par son ressentiment vis-à-vis de l’Africain et dont on sent qu’il n’attendait qu’une seule et unique occasion pour cracher son venin qu’il avait soigneusement entreposé dans son hangar à aigreur en attendant un signe.  

Pourtant, dans une de ses interviews (5), c’est le même Raphaël Confiant qui affirmait : « Quand on est enfant, on est bête ! On véhicule les pires valeurs négatives de la société, les pires préjugés : dans mon enfance, dans les années cinquante, tout ce qui était noir était mauvais, diabolisé, de sorte que, je l’avoue sans honte, je partageais cette idée : j’étais très content de ne pas avoir la peau noire, de ne pas être noir comme on disait ’’comme un péché mortel’’ ». Plus loin, on apprend que « [son] père est un métis noir-chinois et [sa] mère une métisse noir-blanc (…) ». Reste à savoir pourquoi il n’est lui que « descendant d’esclaves » et pas de Chinois ou d’Européens - aïe! - malgré son ascendance ?
 
Finalement ce que l’on nomme les « mythes fondateurs » des nations ont bon dos ici. On confond antillanité ( fait d’être Antillais ) et descendant d’esclaves, en subodorant que tout ce qui est antillais est par essence descendant d’esclaves. Or c’est absolument faux.
 
Qu’est-ce qu’un descendant d’esclaves ? Jusqu’à quand l’est-on quand on a soi-même un physique plus proche d’un Blanc que d’un Noir ? Et pourquoi nier les autres aspects de son identité quand par ailleurs on s’en revendique avec passion à travers l’ idéologie de la créolité ? Et pourquoi ceux qui se prétendent descendants d’esclaves, tout en rejetant violemment le fait d’être noir, ne sont-ils pas logiques avec eux-mêmes en admettant que si l’on réclame toute la dimension créole de son être on est donc par conséquent aussi descendants d’esclavagistes blancs ou mulâtres ? Et dans ce cas pourquoi se dire exclusivement descendants d’esclaves et pas descendants d’esclavagistes ? La reconnaissance de ce mélange ne prévaudrait donc que lorsqu’il s’agit de se différencier du nègre de base avant de disparaître quand on évoque une filiation symbolique face à l’histoire ?

Et pourquoi ne pas laisser le titre de « descendants d’esclaves » à ceux des Domiens qui se disent symboliquement noirs et à qui le mot ne fait pas horreur ? Cela éviterait les contradictions conceptuelles aussi grotesques que risibles du type : poly-filiation comme posture identitaire ( je suis un être pluriel ), puis mono-filiation comme autre posture quand il s’agit cette fois de s’imprégner de cette culture de la victimisation. Durant cette dernière phase, toutes les autres filiations revendiquées avec ostentation ( indienne, chinoise, européenne, arabe ) sont soudainement évacuées sans états d’âme pour ne retenir que le sempiternel « je suis descendant d’esclave ». Où est donc la logique ?

Nous voyons ici quelque chose qui n’a plus rien à voir avec une posture claire mais plutôt avec un positionnement identitaire utilitariste qui se veut très flexible et qui cherche à s’approprier la souffrance particulière des Noirs - convertie en pseudo-souffrance domienne.  
 
Oui, les esclaves sont des Noirs africains et c’est en tant que sous-hommes, des nègres qu’ils sont mis en servitude héréditaire. Le « Code antillais » n’existe pas. Ni le code « gens de couleur » et encore moins le « Code domien ». Le Code noir, si. Dans le Code noir le mot antillais n’est pas utilisé une seule fois alors que « nègres » y est synonyme d’ « esclaves ».
 
Oui, les Antillais sont les habitants des Antilles indépendamment de leur couleur et de leur origine mais tout historien sérieux nous dira que la constitution du peuple martiniquais ou Guadeloupéen date de 1848, pas avant. En cela, faire un amalgame avant cette date entre les différentes histoires, c’est pratiquer un révisionnisme de récupération.  
 
Oui, un Béké est aussi antillais qu’un Libanais. En revanche, non, tous les Antillais ne sont pas des descendants d’esclaves. Dire cela c’est finalement banaliser la dimension raciste de ce crime au nom de la construction des mythes fondateurs qui tentent de récupérer tout ce qui est fédérateur et peut aider à atteindre quelques buts politiques : certains Antillais descendent des communautés dont l’arrivée date de la période post-esclavagiste et viennent d’Inde, d’Asie du sud-est et d’ailleurs. L’histoire de l’esclavage ne les concerne absolument en rien.

Il y en a d’autres qui proviennent des trois castes d’origine des sociétés esclavagistes : nègres, blancs et mulâtres.
Inutile de rappeler que seule la première caste descend des esclaves tandis que les deux autres vivaient avec le statut de libres dans leur très grande majorité.
 
Étrangement, dans une émission de « C dans l’air » intitulée « Nos ancêtres les esclaves », lorsque Yves Calvi demanda quel était le rôle de la caste des « gens de couleurs » et des mulâtres durant l’esclavage, personne n’eut le courage de dire que cette caste considérait ses intérêts comme étant communs à ceux des colons blancs et souscrivait au rejet du nègre dans les bas-fonds de l’humanité stagnante et bestiale dont il fallait se préserver au maximum. Nombre de révoltes d’esclaves ont été matées dans le sang par leur milice avec un zèle admirable, le tout sur fond de loyauté au régime esclavagiste. Il n’y aura un massif changement que durant les 20 à 30 dernières années avant l’abolition : les « gens de couleur » se rendent à l’évidence que la jalousie des petits-blancs à leur encontre est telle que jamais ils n’accepteront qu’ils aient les mêmes droits malgré leur loyauté au système.

L’idéologie a définitivement transformé tous ceux qui avaient des pigments de mélanine « voyants » en victimes de l’esclavage puis en descendants d’esclaves.

Claude Ribbe continue son manège : « La traite concerne donc les Africains tandis que l’esclavage concerne les Antillais, les Haïtiens, les Sud-Américains, les Africains-Américains, les Réunionnais, les Mauriciens qui descendent de ceux qui, déportés d’Afrique, ont eu à subir la condition d’esclave. »

On constate que la précision s’opère quand il s’agit de parler des « Africains-Américains » ( donc des Noirs descendants d’Africains esclaves ) alors les autres n’ont pas droit à la même précision. Ne pas préciser l’origine de ceux qui sont concernés par l’esclavage à la Réunion, à Maurice et ailleurs alors que ce fut le cas pour les Américains, laisse en réalité la porte ouverte à toutes les manipulations possibles de ceux qui ne sont pas forcément concernés par le sujet mais dont le fond de commerce reste l’esclave et le potentiel victimaire à exploiter du point de vue politique par celui qui s’en réclame.
Actuellement, la majorité des Réunionnais est d’origine indienne et les Cafres, descendants d’esclaves « africains et malgaches », ne sont qu’une minorité de 5% au plus. Le souci de la précision semble s’évaporer dès que l’on parle de cette population minoritaire de la Réunion. La majorité des Mauriciens sont pareillement originaires d’Inde.

Nous nous retrouvons donc avec des individus qui pour certains n’ont qu’une lointaine ascendance africaine minoritaire parmi les autres apports ou, pis encore, n’ont pas une goutte de sang africain dans les veines. S’ils considèrent que « noirs » ne s’appliquent surtout pas à eux - et puis quoi encore - et est quasiment un gros mot, en revanche ils revendiquent fermement l’héritage des esclaves : nous ne sommes pas noirs mais on veut bien récupérer leur souffrance.

Serge Romana, un autre « descendant d’esclaves » - qui a raison de le rappeler sans cesse au cas où on le prendrait pour un Pachtoun d’Afghanistan - demanda, par exemple, comment la traite négrière a pu exister si longtemps sans l’appui de « l’Afrique ». Il ne cherche pas ici à poser une question mais à laisser l’opinion imaginer une réponse qui mettrait en accusation l’Afrique toute entière…
 
 

 
 Serge Romana, le "descendant d'esclaves"
 
 
_ Pierre : Ah t'es pas noir ? Mes excuses alors mais tu viens d'où ? T'es de quelle origine ?
_ Paul : Non pas du tout, je suis un mélange et je vois pas pourquoi je renierai mes autres ancêtres. Disons que ma mère est claire de peau, son père était béké avec des ancêtres bretons et du côté de mon père j'ai des ancêtres arabes, indiens et mêmes chinois.
_ Pierre : ah oui ça fait un sacré mélange
_ Paul : effectivement ! C’est une richesse culturelle
_ Pierre : Donc forcément tu vas pas fêter le 10 mai pour commémorer l'abolition de l’esclavage !
_ Paul : Bien sur que si. Car même si je ne suis pas trop d'accord avec la date je pense que nos ancêtres esclaves ont beaucoup souffert de l'esclavage et c'est important de leur rendre hommage
_ Pierre : Ce sont lesquels de tous tes ancêtres qui ont le plus souffert de l’esclavage au fait ? Les Bretons, les Arabes, les Indiens ou les Chinois ?
 
 
Aux dernières nouvelles, Claude Ribbe propose la création d’un Conseil représentatif des associations antillaises et africaines, respectant ainsi le « chacun à sa place ». Il explique surtout à qui veut bien l’entendre que  ses menaces physiques (6) façon « gros dur » à l’encontre de Serge Bilé ou ses récriminations puant la xénophobie anti-africaine ne sont dirigées que vers le CRAN qui cherchait à leur enlever le pain de la bouche. Sans doute y aura t-il des naïfs pour y croire.

© Kahm Piankhy Juin 2006 - Texte libre d'utilisation, conditionné par la citation de la source

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NOTE :
 
1. Remarquez la majuscule aux mots « noirs » et « blancs » car elle pose problème à Claude Ribbe: Quelle surprise en feuilletant Libération d’hier : pas d’article élogieux, comme à l’accoutumée, sur le Cran. Aucun coup de chapeau au «président» Lozès. Pas une ligne sur l’ «événement» du samedi 29 avril. Pas de «Noirs» (avec un n majuscule), de «population noire» de «communauté noire». Idem pour Le Monde. Le Cran est puni. En aurait-on fini avec ces «Noirs» gratifiés d’un N majuscule tandis que le substantif «juif» bénéficie, lui, dans les mêmes articles, de la faveur d’une minuscule? La typographie n’est pas anodine. Pour Le Monde, comme pour Libération, un juif (avec un j minuscule), c’est quelqu’un qui décide d’être juif et qui donc n’appartient pas une population, à une «ethnie», à une «communauté» particulière, tandis qu’un « Noir » (avec une majuscule) c’est quelqu’un qu’on assigne à une «race», quelqu’un que l’on déclare différent jusque dans les signes typographiques.
 
Voulant à tout prix démontrer la consubstantialité raciste du CRAN il polémique sur tout et n’importe quoi. En fait, dans la langue française, depuis plusieurs siècles, les noms désignant les groupes humains prennent presque toujours une majuscule : la société des Amis des Noirs créée en 1788 respectait déjà cette règle. Mais dans sa précipitation à crier au racisme, Claude Ribbe a, au préalable, oublié de briefer les membres de sa propre association. Dommage. 
 
 
2. Claude Ribbe disait dans une interview de 2005 à propos du père d’Alexandre  Dumas, un mulâtre de Saint-Domingue : « Le général Dumas, le plus grand soldat du monde et de la République, de l’aveu même de ceux qui étaient racistes. Le premier général noir de l’armée française, la République n’en veut pas ! Mais alors de quelle République s’agit-il ? Si on ne laisse pas aux gens des banlieues des héros, qu’est-ce qu’on leur laisse, Napoléon ? Ils s’en fichent ! »
 
 
3. Même si les clichés peuvent être différents selon les cas : on pourra par exemple refuser de louer un appartement à un Antillais parce qu’on craint qu’il fasse des zouks parties tous les samedis soirs jusqu’à 6h du matin. Alors que pour le Malien on redoutera de voir rappliquer ses 3 femmes et 18 enfants dans le F4 familial. Sans compter le bruit et les odeurs qui rendront le travailleur français complètement fou. Mais ce n’est pas raciste que de dire cela…
 
 
 
 
5. LE CM 98 que dirige Serge Romana publia un communiqué anti-CRAN très ferme : « Le racisme anti-noir ne saurait constituer le noyau fondateur d’un groupe. Ainsi, nous, Antillais et Guyanais, n’appartenons pas à une communauté noire, mais à une communauté de Français descendants d’esclaves, ni blancs, ni noirs  »  
 
 
6. Le sulfureux texte de menace à l'encontre de Serge Bilé n'est plus disponible dans les archives du blog mais voici son contenu :
 
« Il est temps, Serge Bilé, de dire dans quel camp tu te situes. Si tu es du côté du Cran, des bonapartistes, des révisionnistes, des racistes qui viennent faire la leçon aux Antillais, oui je vais te ferai la guerre comme je la fais déjà à tes amis qui n’ont encore rien vu. Une guerre sans merci où tu apprendras que lorsqu’il est question de la France et de la liberté, tout Antillais se bat à l’arme blanche s’il le faut. Et j’ai une troupe de quarante mille lecteurs avec moi. Que si tu continues avec tes histoires de «noirs», non seulement tu vendras de moins en moins de livres (je crois que c’est déjà un peu le cas) mais tu déclencheras une guerre civile qui amènera peut-être un Martiniquais ou une Martiniquaise à présenter le journal télévisé en Martinique (ce serait une scandaleuse « discrimination positive », mais ça peut toujours arriver). En ce qui me concerne, je n’ai pas peur de rappeler que les citoyennes et les citoyens des départements d’outre mer sont français depuis 1794, qu’ils ont le droit d’en être fiers et qu’ils n’ont aucune leçon à recevoir des Français de fraîche date, que les parents de ces Français-là soient nés en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Cameroun, en Italie, en Pologne, en Hongrie ou sur la planète Mars. Je n’ai pas peur de rappeler non plus que ceux dont les ancêtres ont connu l’esclavage ont une légitimité absolument prioritaire pour rendre hommage à ces mêmes ancêtres et qu’ils ont raison de fustiger ceux qui, pour des raisons d’intérêt personnel, cherchent à s’approprier cette mémoire sous le prétexte raciste de la couleur de la peau et de la race que l’Outre-mer rejette. En ce qui concerne l’Afrique, je n’ai de leçon à recevoir de personne. Au moment du bicentenaire d’Haïti, j’ai serré la main à tous les Africains qui se trouvaient sur place et notamment à mon ami Thabo Mbeki qui ne l’a pas oublié. C’est l’Afrique qui protège mon autre ami Jean-Bertrand Aristide. Et le premier qui me traitera de raciste, de xénophobe ou d’antisémite qu'il soit présentateur de télé, ministre, académicien, ou quidam comme moi et quelle que soit la couleur de son cuir se prendra ma main sur la gueule et ma plume où je pense »
 
 
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Piankhy
Posté le: 24/06/2006 01:51  Mis à jour: 29/06/2006 02:07
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Inscrit le: 16/05/2006
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 Re: Ni noirs ni blacks et surtout…surtout, chacun chez soi
Un internaute m'a mailé ce passage d'une interview donnée par Claude Ribbe où celui-ci fait des Dumas père et fils des ...Africains. L'homme n'est pas à une contradiction près et semble indexer son propos en fonction de l'audience à qui il s'adresse. Car l'interview est donnée au site de l'historien camerounais Dieudonné gnammankou. Donc forcément ça s'explique


Citation :
Les manuels scolaires n’en soufflent mot. L’historiographie étant donc aussi silencieuse sur les origines des Dumas que sur son histoire coloniale, comment s’étonner de l’émotion provoquée par mon intervention au Sénat, le 30 novembre 2002, quand j’ai soulevé un coin du voile en disant haut et fort qu’il était temps d’admettre que les Dumas étaient des Africains et que la France devait en être fière ? En effet, Césette, la grand-mère de l’écrivain -esclave à la peau brune- est vraisemblablement née en Afrique (Yoruba pour les uns, Fang selon les autres) et l’origine du nom «Dumas» pourrait bien être africaine. Ces racines étaient encore très visibles chez le général Dumas, père de l’écrivain qui eut lui-même à subir, dès sa jeunesse, toutes les avanies que la France réservait -et réserve parfois encore- aux Africains comme à leurs descendants.

[...]

L’apport du général Dumas à l’histoire militaire et même politique de la Révolution française est capital. L’écrivain Anatole France, grand connaisseur de cette période, fut le seul à le dire avant moi. Premier Africain à devenir général de l’armée française, Dumas ouvrit à l’armée des Alpes, qu’ il commandait en 1794, les portes de l’Italie en s’emparant, dans des conditions très audacieuses, des cols du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard, tenus par les Austro-Piémontais ; la même année, nommé à l’armée de l’Ouest, il épargna la vie de milliers de civils et contribua à mettre un terme aux massacres de Vendée, qu’il dénonça vigoureusement en donnant une démission spectaculaire. En 1795, il contribua à sauver la République, menacée par la réaction royaliste. Son courage pendant la campagne d’Italie de 1797 contre les Autrichiens contribua à précipiter la signature du traité de paix de Campo-Formio et fit entrer le général dans la légende. Aux portes de l’Autriche, sur le pont de Brixen, il se battit à un contre cent , galvanisa ses hommes par sa bravoure et suscita l’admiration (mais aussi la jalousie) de Bonaparte. Commandant en chef de la cavalerie d’Orient, il participa, non sans états d’âme, à la campagne d’Egypte. Bref, la République française lui doit beaucoup. Autant, au moins, qu’à un Lazare Carnot, par exemple, dont tant de rues de France portent le nom. Or Lazare Carnot était tranquillement installé dans son bureau des Tuileries tandis que Dumas versait son sang dans la neige des Alpes.


http://www.gnammankou.com/interview_ribbe.htm


Rappelons que Dumas fils n'a jamais pris position contre le sort des esclaves dans ses écrits où il préférait parler de mousquetaires...
Kramelle
Posté le: 07/08/2007 17:41  Mis à jour: 07/08/2007 17:41
Newbie
Inscrit le: 07/08/2007
De:
Envois: 29
 Re: Ni noirs ni blacks et surtout…surtout, chacun chez soi
Bonjour,
je trouve cet article très pertinent.
J'aimerais avoir votre avis au sujet du mouvement de la Tribu Ka dirigé par Kemi Seba.
Piankhy
Posté le: 07/08/2007 23:55  Mis à jour: 07/08/2007 23:55
Webmestre
Inscrit le: 16/05/2006
De: région parisienne
Envois: 1561
 Re: Ni noirs ni blacks et surtout…surtout, chacun chez soi
Mon avis sur la Tribu Ka ? Aucun !

La "désionisation de la France" je n'en ai absolument rien à foutre et ça ne me concerne en rien.
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