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Les articles de Kahm Piankhy : Le bal des tartuffes
Posté par Piankhy le 05/06/2006 04:00:00 (8641 lectures) Articles du même auteur

La guerre des mémoires serait déclarée. Tout le monde le dit et l’écrit, que ce soit dans les grands hebdomadaires comme dans les quotidiens français. La preuve ? L’historien Marc Ferro se lance, dans le Nouvel Observateur du 8 décembre 2005, dans la démonstration de la factualité de cette guerre. Pour ce faire, il cite le cas de l’affaire Olivier Pétré-Grenouilleau :


« Signe de temps troublés, une association communautaire antillaise poursuit devant les tribunaux un historien - Olivier Pétré-Grenouilleau - qui aurait, lui, le grand tort de ne pas voir le mal où il faut. Son crime ? Avoir établi dans un récent ouvrage l'intrication de la traite atlantique (pratiquée par les esclavagistes occidentaux) avec les traites arabe et africaine. Au nom de ce genre d'oukase victimaire, nous faudra-t-il bientôt oublier que ce sont les nations européennes qui, après l'avoir pratiqué à grande échelle, ont aboli l'esclavage »

On l’aura compris : Olivier Pétré-Grenouilleau subirait la dictature intellectuelle d’associations communautaires pleines d’aigreur lui reprochant d’avoir exposé une histoire de l’esclavage n’ayant pas l’heur de leur plaire. Le philosophe Alain Finkielkraut le répète depuis des mois déjà et défendait cette thèse dans son émission « Qui vive » du 11/12/2005. Et cette information circule ainsi comme si de rien n’était.
Seulement voilà : nous sommes là devant un flagrant délit de mensonge relevant purement et simplement de la manipulation. Et il est assez surprenant que le Nouvel Observateur ait laissé passer cette désinformation qui a convaincu l’opinion sans faire de bruit.


Car si une plainte a été effectivement déposée contre l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, ce n’est guère aux termes des thèses défendues dans son livre, mais bien pour les propos tenus dans l’ interview donnée dans le Journal du Dimanche du 12 juin 2005. Les membres du Collectif Dom se tuent à expliquer que le livre ne peut, de toutes façons, faire l'objet d'aucune poursuite au-delà du délai effectif de 3 mois après publication, pour bien démontrer que ce sont les propos de l'interview qui sont ici en cause. Et que s'ils avaient voulu attaquer le livre, ils s'y seraient pris dans les temps. Rien n'y fait !


Dans le Journal du Dimanche, Olivier Pétré-Grenouilleau affirmait que la loi Taubira favorisait l’antisémitisme dans le cadre d’une lutte des souffrances. Il niait par la même occasion le caractère criminel de l’esclavage et de la traite des Nègres en tentant de tout relativiser. Poursuivant sa logique, il amalgame antisémitisme, Dieudonné et Loi Taubira dans une tambouille qui fleure bon l'idéologie :


« Cette accusation contre les juifs est née dans la communauté noire américaine des années 1970. Elle rebondit aujourd’hui en France. Cela dépasse le cas Dieudonné, affirme Olivier Pétré-Grenouilleau. C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides... Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n’y a pas d’échelle de Richter des souffrances ». (sic)


Visiblement notre historien semble avoir l’esprit bien étroit. En revanche, son cynisme académique, lui, est parfaitement aiguisé. Spécialiste de l’histoire de la traite, il en oublie presque l’esclavage racial dans les colonies américaines. Là où les pires crimes se sont déroulés sur plusieurs siècles d’affilée. Ainsi, réduire un homme à l’état d’animal sur la seule base de sa race, pratiquer des tortures sur lui, l’amputer, violer sa femme, ses filles ou ses fils, faire des « élevages de négrillons et de négrilles » (sic) pour pallier au fort taux de mortalité, découper le dos d' enfants de 7 ans au fouet, ne relèveraient pas du crime contre l’humanité ?


On oubliera volontairement le Code noir ou la série de décrets négrophobes précédant celui de 1777, à partir de cette année les ordonnances royales sont radicales : le 9 août 1777 une d éclaration du roi interdit l'entrée des Nègres, mulâtres et gens de couleur et le 5 avril 1778 les mariages interraciaux sont désormais interdits. Bien avant Bonaparte, un décrèt interdit déjà l’entrée du territoire aux Nègres et descendants de Nègres. Ils sont mis en quarantaine, dans un bâtiment spécial, tels des lépreux, avant d'être renvoyés hors de France. La peur de voir la belle « race blanche » dégénérée face au mélange avec le sang africain symbolise parfaitement cette haine particulière contre les Noirs. Ce décret est sans équivoque quant à sa négrophobie :

« Les nègres se multiplient chaque jour en France. On y favorise leurs mariages avec les Européens, les maisons publiques en sont infectées ; les couleurs se mêlent ; le sang s’altère (…) »…


À partir du moment où des ordonnances royales sont édictées pour exclure un groupe racial du statut d’homme sur la seule base de sa couleur de peau et que l’on prend des mesures d’exception à son encontre, nous sommes dans l’esprit du crime contre l'humanité. Cela ne souffre d'aucune contestation possible. Et il n'y a absolument aucun sophisme qui ne tienne la route devant cette banale évidence. Tout État qui donne un cadre légal au racisme, à l'instar de l’apartheid, est dans l'esprit du crime contre l’humanité.

Pinailler sur le sens des mots pour ne pas admettre la particularité de l’esclavage racialo-utilitariste européen nous donne un réel aperçu du mépris dans lequel tous ces donneurs de leçons tiennent les Noirs. Derrière les belles paroles et la vertu républicaine, la morgue.

Les appuis d'Olivier Pétré-Grenouilleau s'expriment un peu partout, avec la même volonté d'induire en erreur l'opinion :

Élisabeth Lévy soutiendra dans une rubrique du Point - du 01/12/05
- qu’ « alors que le thème de l'expiation coloniale va occuper durablement la scène publique, certaines affaires récentes - comme le procès intenté à Olivier Pétré-Grenouilleau, historien reconnu et spécialiste des traites négrières, dont le crime est d'avoir affirmé que l'esclavage, aussi condamnable soit-il, n'était pas un génocide - laissent craindre que le débat ne se déplace devant des tribunaux curieusement appelés à se prononcer sur la validité scientifique de telle ou telle position. Ce qui constituerait une véritable défaite de la pensée »

Pierre-André Taguieff affirmera lui sur le site communautarisme.net : « Qu'un chercheur du niveau d'Olivier Pétré-Grenouilleau puisse être poursuivi devant les tribunaux pour ses travaux d'historien sur les formes d'esclavage autres que la traite atlantique (seule prise en compte par la loi Taubira de 2001), voilà qui suffit à montrer les inquiétants progrès de la soviétisation des esprits en France »

Pascal Bruckner dans le Nouvel Observateur du 1er décembre 2005 : « Apprendre qu'un historien reconnu, Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste de l'esclavage, est aujourd'hui avec son éditeur, Pierre Nora, de Gallimard, menacé, diffamé, poursuivi en justice pour avoir étudié dans un livre récent les trois traites négrières, africaine, arabe et occidentale, relève de mœurs néostaliniennes qu'on croyait révolues »

Claude Askolovitch dans le Nouvel Observateur du 1er décembre 2005 : « Mais au lieu de pétitionner contre un texte qui ne sera jamais appliqué, les enseignants feraient mieux de défendre l'historien Pétré-Grenouilleau, traîné en justice pour négationnisme parce qu'il ose affirmer que l'Occident n'a pas eu le monopole de la traite négrière! »...

Marcel Dorigny, docteur de l’université Paris I, maître de conférences au département d’histoire de l’université Paris VIII Saint-Denis, ne sera pas aussi catégorique que tous les idolâtres d’Olivier Pétré-Grenouilleau. Ses explications quant aux arrières-pensées idéologiques du livre éclairent parfaitement sur les raisons d'un tel succès. Il écrit :


« force est de constater que ce livre, qui se veut œuvre de science historique, se place dans une logique parfaitement limpide. En mettant sur le même plan toutes les traites négrières (atlantiques, trans-sahariennes et orientales, intra africaines), l’auteur laisse entendre que si crime il y eut, il fut largement partagé et il ne saurait sérieusement être question d’accuser l’Europe seule de pratiques universellement admises pendant des siècles. […]


Ainsi, au-delà de ses qualités d’écriture et de la masse d’informations fiables mises à la disposition des lecteurs francophones, ce livre propose un schéma de lecture de l’histoire de la traite occidentale qui tend à l’insérer dans la beaucoup plus longue histoire des pratiques esclavagistes reposant sur la déportation des populations africaines depuis la fin de l’Antiquité, voire l’Égypte pharaonique et le monde gréco-romain, jusqu’au début du XXe siècle, et au-delà. La traite des Noirs organisée par les puissances européennes à partir du XVIe siècle pour peupler et mettre en valeur leurs colonies de plantation du nouveau monde perd ainsi une grande part de sa spécificité, de son caractère massif et de sa dimension fondamentalement raciale, au point qu’au XVIIIe siècle, en français, le mot Nègre était devenu synonyme d’esclave dans le vocabulaire courant, aussi bien que dans la langue fiscale, administrative, économique et même dans les dictionnaires ! […]

Cette volonté implicite, mais constante, de « dédouaner » l’Europe de l’époque moderne (XVIe-début XIXe siècles) de son rôle moteur dans le commerce négrier, en tant que maîtresse des circuits maritimes et surtout des débouchés coloniaux demandeurs de main-d’œuvre servile, laisse une impression de malaise au moment où pour la première fois depuis les abolitions du XIXe siècle les anciennes puissances négrières européennes sont en train de remettre en cause la « politique d’oubli » qui avait servi de doctrine officieuse au sujet de la traite pratiquée à grande échelle durant la première phase de l’expansion coloniale. » (1)

Il finira par « regretter qu’un ouvrage de cette importance s’attache à développer avec autant de références savantes une thèse qui, sous prétexte de « détruire les poncifs » et de « dépasser les rancœurs et les tabous idéologiques accumulés, sans cesse reproduits par une sous littérature n’ayant d’historique que les apparences » (p. 10), contribue activement à fonder et à répandre une autre idéologie, qui veut à toutes fins minimiser la place de la traite négrière européenne, à la fois face aux autres traites et dans son rôle actif au sein du vaste complexe colonial dans l’essor de l’Europe entre le XVIe et le XIXe siècle. » (2)

Que l'on cesse donc de nous faire croire que l'ouvrage a été reçu sans la moindre réserve par toute la communauté scientique qui aurait applaudi son audace.

La loi Taubira reconnaît la traite négrière comme un crime contre l’humanité, et non comme un génocide, comme le sous-entend l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau. En faisant une comparaison avec la Shoah - et ici, c’est bien lui qui la fait contrairement à ce qu’il insinue - il désire bel et bien récuser la qualification de crime contre l’humanité de la traite négrière et de l’esclavage. En quel nom ? Au nom d’un exclusivisme malsain. Voici donc les véritables raisons de la plainte déposée contre Olivier Pétré-Grenouilleau. C’est pour « contestation de crime contre l’humanité ».

Le chapitre 1 du Code pénal, Article 211-1, évoque le cadre définitionnel du terme « génocide » :
« Constitue un génocide le fait, en exécution d'un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d'un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire, de commettre ou de faire commettre, à l'encontre de membres de ce groupe, l'un des actes suivants :
- atteinte volontaire à la vie ;
- atteinte grave à l'intégrité physique ou psychique ;
- soumission à des conditions d'existence de nature à entraîner la destruction totale ou partielle du groupe ;
- mesures visant à entraver les naissances ;
- transfert forcé d'enfants.
Le génocide est puni de la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux premiers alinéas de l'article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables au crime prévu par le présent article. »

Le chapitre II, Article 212-1, définit le crime contre l’humanité :
« La déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d'exécutions sommaires, d'enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture ou d'actes inhumains, inspirées par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisées en exécution d'un plan concerté à l'encontre d'un groupe de population civile sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité.
Les deux premiers alinéas de l'article 132-23 relatif à la période de sûreté sont applicables aux crimes prévus par le présent article. »

Nous avons donc deux crimes que le législateur reconnaît comme étant parfaitement distincts l’un de l’autre. Et c’est bien Olivier Pétré-Grenouilleau qui, de lui-même, s’octroie le droit de saisir la définition du crime contre l’humanité pour l’ amalgamer volontairement avec celle de génocide afin d’ en disqualifier la légitimité. La loi Taubira évoque la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme « crime contre l’humanité » et non pas comme « génocide ». Ce terme de génocide n’est d’ailleurs employé dans aucun des 5 articles de la loi Taubira.


Dans ce cas, comment est-il possible que lorsqu’un amalgame est fait par l’historien lui-même ( cf : « C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides... » ), l’on n’entende pas Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy et Marc Ferro protester contre ce confusionnisme ? Et comment expliquer, qu’au contraire, ils aillent tous prendre la défense d'Olivier Pétré-Grenouilleau que l'on ose présenter comme victime de la bien-pensance face à des hordes de communautaristes aigris cramponnées à leurs seuls ressentiments ?

Que signifient toutes ces manipulations ? Tout simplement que certains intellectuels français tentent d’instiller le venin de la défiance. Venin qui va laisser croire aux Français de souche que des hordes de « communautaires » hirsutes, basanés et crépus dans leur grande majorité, suintant de haine revancharde, cherchent à leur imposer leurs propres vérités par la terreur qu’ils installent. Ainsi, on se propose comme rempart face à un « autoritarisme ethno-communautaire », dopé au gène de l'anti-France. Tout ceci, après avoir préalablement pris soin de confectionner soi-même cet ennemi idéal. Les apparatchiks permettent ainsi à tous ceux qui se reconnaissent de la pensée dominante de pouvoir dire ce qu'ils veulent au nom de la loi ( liberté d'expression ), et ce, même si cette liberté va à l'encontre d'une autre loi ( négation de crime contre l'humanité ).

Reprenons pour bien nous faire comprendre : La loi Gayssot adoptée le 30 juin 1990 considère la négation de crime contre l'humanité comme un délit. C'est ainsi, qu'on le veuille ou non. Olivier Pétré-Grenouilleau s'adonne à cette négation en affirmant que, avec l'esclavage des nègres, l'on entre là dans le cadre du simple commerce. Et personne ne trouve rien à y redire, si ce n'est mettre en exergue sa qualité d'historien sérieux.



Nicolas Sarkozy est adepte de la même politique. Il invente totalement une crispation identitaire qui exigerait une repentance imaginaire. Puis il file s’indigner dans le Soir 3 : « Non mais, je vais vous le dire, je vais vous le dire. Premièrement, je crois qu’il faut cesser avec la repentance permanente en France pour revisiter notre histoire. Mais ça devient ridicule ! (…) ».

Qui a ordonné une repentance publique de la France ? Personne. Il a seulement été mis en parallèle l’évidente dissymétrie existant entre les idéaux républicains, qui font la fierté des Français, et la façon dont ont été traités les peuples colonisés victimes de l’arbitraire : les actes ont trahi la théorie, et la moindre des choses serait de l'admettre. Mais Nicolas Sarkozy, comme d’autres, ne supporte pas ces évocations qui mettent à mal autant les mythes fondateurs de la Nation que cette culture bien française de l’auto-enivrement. Alors il s’invente une noblesse d’âme, un courage face au politiquement correct. Il créé l’ennemi idéal et va flatter l’ego des nostalgiques du « pays réel ». Nostalgiques qu'il drague ouvertement.

Le journaliste Jean-Pierre El Kabbach insistait, quant à lui, le 9 décembre dernier devant François Hollande, pour que la loi Taubira s’élargisse et englobe les traites arabe et inter-africaine. Le numéro 1 du PS acquiesça à la requête du journaliste.
Cette thèse de l’égale criminalité des « traites négrières » émane indirectement du livre d’Olivier Pétré-Grenouilleau. Ce livre a réellement enchanté Jean-Pierre El Kabbach qui voyait enfin à travers lui la possibilité de mettre en accusation la traite pratiquée par les Arabes. On relativisait ainsi la spécificité de la traite et de l’esclavage européen.

Dans ce cas, pourquoi ne pas inclure dans la reconnaissance de crime contre l’humanité, la traite inter-européenne visant les Slaves et les Caucasiens ? Le terme « esclave » est un héritage du haut Moyen-Âge, époque où Germains et Byzantins déportaient des Slaves des Balkans pour en faire leurs esclaves. Du VIII ème au XI éme siècle, le marché de Verdun était spécialisé dans la vente d'esclaves, tous blancs et Européens. Sommes-nous dans un crime contre l’humanité ? Au XIII ème siècle, la Compagnie Catalane razziait des Grecs pour les réduire en esclavage. Et la traite ottomane qui dépouilla l’Europe de millions ( sic) de Slaves ou d’Albanais ? Et les traites esclavagistes musulmanes à l’égard des Européens du sud ? Puis chrétiennes à l’égard des musulmans d’Afrique du nord razziés sur les côtes et à l’intérieur du pays par les Chevaliers de Malte et d’autres pirates ? Puis encore les républiques maritimes de Venise et de Gênes ayant, toutes deux, bâti des fortunes grâce au commerce d’Européens vendus aux Arabes et à d’autres musulmans. Et pourquoi ne pas faire de toutes ces traites des crimes contre l’humanité ? On le pourrait après tout.

Mais le point commun entre toutes ces traites est que les victimes ont été assimilées par les oppresseurs. Les milliers d’Européens esclaves en Afrique du Nord au temps des barbaresques sont aujourd’hui algériens ou tunisiens. Idem pour tous les autres captifs des autres traites : rien ne les distingue de leurs concitoyens parmi lesquels ils se sont fondus, contrairement aux Noirs qui croupissent par millions dans les ghettos des mégapoles américaines, les favelas brésiliennes et qui traînent encore sur leur faciès la marque de leur extraction africaine. Ils continuent, encore aujourd’hui, à pâtir des mêmes préjugés, du même racisme et de toutes les pathologies que ce dernier a généré. Et le monde se rit d’eux en tournant leur souffrance en dérision.

Il faut être cohérent : si l’esclavage des nègres n’a aucune spécificité et entre dans le cadre normatif d’une époque, dans ce cas, il n’est pas plus un « crime contre l’humanité » que les autres formes d’esclavage. Soit on admet sa particularité.

On a assisté dernièrement à un tir groupé de quelques bonapartistes essayant de défendre l’idée d’un Napoléon rétablissant l’esclavage en 1802 pour des raisons économiques. Seulement, ce n’est pas que l’esclavage qui est rétabli par notre dictateur éclairé. Une série de mesures d’exception racialement orientées sont prises dans le même temps.
Lorsque Napoléon expulse de l’armée tous les officiers noirs et mulâtres le 29 mai 1802, puis en fait de même à l’égard des élèves de Polytechnique, est-ce que cette épuration raciale est motivée par des raisons économiques ?
Le 2 juillet 1802, l’entrée du territoire continental est désormais interdite aux Noirs et mulâtres. Des raisons économiques en sont-elles à l’origine ? Si oui, lesquelles ?
Le 8 janvier 1803, les mariages inter-raciaux entre Blancs et Noirs sont officiellement interdits en République : raisons économiques encore ?

Lionnel Lucca, élu UMP des Alpes Maritimes, en voilà un autre de tartuffe. Il défraya la chronique dernièrement pour avoir glosé sur le rôle positif de la colonisation. En quels termes ? Il affirma que sans « la colonisation, ni Léon Bertrand ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française ». Il s’est défendu d’avoir quelque arrière-pensée méprisante dans ce propos qu’il jure être anodin et non-diffamant.
Or il se trouve que presque tout le monde a compris la même chose : sans notre apport civilisationnel à nous, Blancs d’Europe, Azouz Begag mangerait des dattes sur son chameau et Léon Bertrand vivrait dans une hutte au milieu de la jungle congolaise avec, comme voisins, des bonobos. Grosso modo ça revenait à cela.
Mais que dit tartuffe pour se défendre ? Que son propos aurait pu s’adresser à lui-même, puisque fils d’immigré il est. Très bien. Nous voilà bien avancé. Au fait, depuis quand a-t-on besoin de la colonisation pour être ministrable ? Des membres du gouvernement français, dont les parents ou grand-parents sont arméniens comme Patrick Devedjian, turcs comme Édouard Balladur, doivent-ils eux aussi quelque chose à la colonisation quand les pays de leurs aïeux n'ont pas été colonisés par la France ? Quel est exactement le rapport ? Si un Turc de naissance peut devenir premier ministre de la France sans être un descendant d’ex-colonisés, pourquoi cette logique serait-elle refusée à des originaires de Guyane et d’Algérie ? Pourquoi les renvoyer à leur couleur et leur origine ?


Bien sûr, le lien causal entre l’origine et les compétences du ministre est insignifiant. Un Norvégien d'origine peut naître en France, faire de brillantes études à l’ÉNA et finir ministre sans que l’histoire coloniale n’entre en compte dans le débat…

On a évoqué la « droite décomplexée ». Elle arrive. Elle surfe sur l’écume dont se nourrit le Front national. Elle fait d’ailleurs du « Front national light ». Il suffit juste de le savoir.



© Kahm Piankhy - Texte libre d'utilisation, conditionné par la citation de la source - décembre 2005


Source : www.Piankhy.com



Note :


1.
Le cas Petré-Grenouilleau. Traites négrières et esclavage : les enjeux d’un livre récent. Article publié dans la revue Hommes et Libertés ( septembre 2005 )

2. Ibid. Reproduction totale de la note 1 de l'article de Marcel Dorigny :
Le Nouvel Observateur du 3 mars 2005, n°2104 en a fait la principale référence de son dossier intitulé pompeusement « La vérité sur l’esclavage », signé Laurent Lemire, qui foisonne, par ailleurs, d’approximations et de contre-vérités historiques (http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2104/a263983.html ). L’Express du 14 mars 2005 lui donne largement la parole : « Dans cette histoire, il n’y a pas de coupable idéal ni de victime éternelle. Il faut cesser d’envisager la question sous le seul angle de la morale ». [...] Il n’y eut pas une, mais trois filières de traite. De 1450 à 1867, les grandes nations européennes ont déporté et vendu 11 millions d’Africains aux Amériques. Mais, depuis le VIIe siècle, avec l’expansion de l’empire musulman, jusqu’aux années 1920, les traites orientales ont conduit à la déportation d’environ 17 millions de personnes. Quant à la traite « interne », entre royaumes africains, elle a réduit en esclavage près de 14 millions de personnes. « Il faut admettre qu’il s’agit du premier exemple de grand commerce international entre Blancs, Noirs et Arabo-Turcs, rentable pour toutes les parties », poursuit Olivier Pétré-Grenouilleau. » Quant à L’Expansion du 29 juin 2005, qui publie un interview de lui, il le présente comme « le meilleur spécialiste français de l’histoire de l’esclavage », qui « n’a pas peur de bousculer la “ bien-pensance” » et « vient de publier un ouvrage de référence, Les Traites négrières (Gallimard), qui s’efforce d’établir les faits avant de faire la morale ».

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Auteur Commentaire en débat
Piankhy
Posté le: 06/08/2006 21:45  Mis à jour: 06/08/2006 21:45
Webmestre
Inscrit le: 16/05/2006
De: Houston, TX 77079
Envois: 3540
 Re: Le bal des tartuffes
Citation :

Catherine Coquery-Vidrovitch
Professeure émérite (Histoire de l'Afrique)
Université Paris-7 Denis Diderot
Laboratoire SEDET, UMR 7135

5 janvier 2006

À propos de l'histoire des traites négrières et, plus généralement, des positions contrastées des Historiens


Chers amis,

Bien entendu, il est, plus qu'inadmissible, idiot de porter plainte contre Olivier Pétré-Grenouilleau, qui est un historien sérieux, et dont les propos dans le journal ne sont pas aussi meurtriers que la façon dont certains l'ont interprétés (Olivier Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières, essai d'histoire globale, Paris, Gallimard/Bibliothèques des histoires, 474 pages, 32 euros).

C'est donc tout à l'honneur des historiens modernistes que de protester en ce sens auprès du tribunal. Ceci dit, nous serions bien bas en France si le tribunal ne classait pas sans suite cette affaire ridicule ?


Les « spécialistes » de la colonisation et de l'histoire de la traite sont en France divisés, mais dans l'ensemble ne participent pas à une pétition générale qu'ils estiment ne pas poser le problème de façon informée, car les choses se succèdent très vite chez les spécialistes où il s'agit plutôt de tables rondes, d'articles de fond, dans un cadre de très grande susceptibilité des partenaires (aussi bien des descendants d'esclaves que de colonisés), si bien qu'on s'engage dans une querelle franco-française hexagonale sans bien en sentir tous les affects, qui sont énormes. Nous sommes dans l'histoire immédiate autant que dans l'histoire des traites, et les incompréhensions se multiplient si on se lance dans pétitions et contre pétitions sans bien en mesurer tous les enjeux. C'est un dialogue de sourds qu'il faudrait éviter.

Quant à Olivier Pétré Grenouilleau, c'est un érudit, qui connaît bien la littérature anglo-saxonne qu'il a étudiée dans son livre. Celui-ci est une somme remarquable, dont on trouve des critiques intelligentes et mesurées, mais sérieuses, sur Internet, notamment par Pap Ndiaye (MC EHESS, spécialiste d'histoire noire-américaine, pourtant peu gâté, lui aussi, sur le Web!) et Marcel Dorigny (MC à Paris 8, spécialiste de l'histoire des Caraïbes) - c'est à dire deux historiens parmi les mieux à même d'évaluer cet ouvrage en France. Globalement je suis d'accord avec eux, et ils sont mesurés tout en étant parfois sévères.

Sévères parce que, tout en étant un historien de qualité, Pétré-Grenouilleau a des réflexes, disons, « hexagonaux » et cela pointe parfois. Cela n'a bien entendu rien de condamnable, on a le droit d'être historien indépendamment de ses opinions quelles qu'elles soient (sauf négationnistes) et son livre n'est attaquable que dans des discussions entre spécialistes.

Mais la confusion entretenue réside ailleurs ; ce n'est pas sur son livre, inattaquable autrement que par ses pairs, qu'il est attaqué en justice (contrairement à ce que même un directeur du CNRS, philosophe de surcroît, a récemment affirmé dans une pleine page de « Rebonds » de Libération) : la plainte porte explicitement sur ses propos publiés dans le Journal du Dimanche. [cf. texte intégral ci-dessous], qui est plus maladroit qu'erroné, contrairement aux commentaires qui en ont été fait en l'écourtant : que les traites négrières soient de nature différente, parce que la Shoah était faite pour tuer les gens, et la traite pour les faire travailler, c'est vrai en théorie, mais discutable dans la pratique, non seulement parce que les camps d'extermination nazis étaient aussi des camps de travail et que tous les camps de concentration n'étaient pas des camps d'extermination, mais précisément parce qu'il y a un lien entre la très grande mortalité des noirs au 18è siècle (jusqu'à 20% par an par endroits, avec évidemment des chiffres variables et discutéss) et l'activité du commerce des esclaves (à différencier de l'esclavage qui était un statut) : les négriers étaient probablement fort satisfaits d'avoir constamment à renouveler le stock d'esclaves sur un marché très demandeur? La mortalité des esclaves a énormément baissé aux USA début XIXe siècle, pour des raisons complexes : progrès de l'hygiène sinon de la médecine, interdiction de la traite (1807) donc nécessité de protéger le « cheptel » (causes ou conséquences, ou les deux à la fois?), baisse de rentabilité du commerce de contrebande de plus en plus aléatoire? L'attitude « froide » de OPG a donc rendu furieux des Antillais, et a entraîné sur le Web un déluge d'insultes de la part de gens dont la plupart ne sont pas historiens, et tout s'est envenimé. Il faut aussi se souvenir que colonisation et esclavage sont unis dans la mémoire des Antillais, tandis qu'en Afrique ou en Indochine la colonisation a commencé quand la traite s'arrêtait...

À ce propos, je voudrais souligner un manque de compréhension de l'autre qui m'a frappée dans le texte de Henry Rousso paru dans le Monde, dont les historiens dans l'ensemble le félicitent. En qualité d'historienne de l'"autre", je le trouve discourtois, de façon involontaire car inconsciente : parler de l'esclavage comme d'un "passé qui nous est aussi étranger" car "d'il y a quatre siècles", tandis que la Shoah demeurerait le seul, en somme donc valable "souvenir... érigé en symbole universel de la lutte contre toutes les formes de racisme", c'est privilégier sans même s'en rendre compte la « communauté blanche » (tout aussi "communautariste" que les autres : être majoritaire n'est pas synonyme d'universalité ?) : aux Antilles, départements français, il reste encore de vieilles gens dont les arrières grands parents (voire, dans de rares cas, les grands?parents) sont nés esclaves dans le royaume de France. Cela ne leur est pas étranger - et cela n'est pas étranger non plus à Françoise Chandernagor puisqu'elle en parle encore? Comme le remarque OPG, on choisit effectivement l'ancêtre que l'on préfère, mais ceci, en revanche, est universel, chacun se fabrique son petit mélange identitaire personnel. La mémoire de l'esclavage demeure écorchée, à chacun son symbole, et en qualité de citoyens français, respectons à ce titre les symboles des uns et des autres ; ce qui n'interdit en rien par ailleurs de juger que, de quelque côté que ce soit, ces symboles sont parfois utilisés à tort et à travers? Pour moi, ancienne "enfant cachée?, j'assume les deux symboles, et je ne les mets pas en concurrence en en préférant un plutôt que l'autre, ce qui dénoterait le mépris de la souffrance des autres : à chacun sa souffrance, mais toutes les souffrances sont des souffrances, et il n'y a pas d'échelle de Richter comme l'a écrit OPG lui-même dans l'interview incriminée, même si en revanche le paragraphe précédent est assez maladroit dans son énoncé...

Les historiens (indifférents dans l'ensemble à l'histoire des autres en général, et même des nôtres pour l'histoire spécifique des Caraïbes dont les spécialistes sont rares en France métropolitaine) sont sensibles au déluge d'insultes sur le Web (mais internet n'est pas une source pour les historiens, et il faudrait supprimer internet si on veut en supprimer les horreurs!), ils ne sont guère sensibles au contexte, dans lequel il faut s'avancer avec intelligence et délicatesse de façon à tenir compte de tout, y compris du contexte des débats sur la colonisation et le fameux article 4 de la loi de février 2005 intimant aux enseignants ce qu'ils devraient enseigner à l'école sur les « bienfaits de la colonisation ».

Sur ce point, j'ai aussi trouvé que les « 19 » historiens signataires brouillaient les pistes en mettant tout dans le même plat, du négationnisme à ce que l'historien doit enseigner à l'école (cette dernière intrusion étant intolérable). J'ai néanmoins trouvé l'article dans Le Monde par Mme Chandernagor convaincant dans sa mesure. Des lois sur les crimes contre l'humanité ne me choquent pas (en qualité d'historien, ce n'est pas notre rôle spécifique de décider ce qui est ou non crime contre l'humanité), ce n'est peut-être pas non plus celui du Parlement, mais pas plus le nôtre, à nous historiens, sinon en qualité de citoyens comme les autres : ce que nous avons à faire en historien c'est apporter les faits, les preuves ou les dénégations aux instances (généralement internationales) décidant au vu de ces démonstrations ce qui peut ou ne pas être crime contre l'humanité. En revanche, comme le remarque Chandernagor, faire intervenir dans la loi l'honneur des descendants (et non plus seulement celui des acteurs et victimes eux-mêmes) est une erreur, qui s'explique par le contexte politique, par le déni dont effectivement les Français noirs estiment avoir souffert.

Tout cela est bien compliqué. Je pense que c'est la raison pour laquelle les spécialistes ont été assez rétifs à partir en guerre ouverte, et qu'il ne faut pas non plus être tout feu tout flamme dès que l'on songe à étendre les crimes contre l'humanité au-delà de la Shoah qui fut probablement le pire, mais quand même pas le seul (étant d'origine juive moi-même, je ne peux être taxée d'antisémitisme en écrivant cela!).

Voilà, en tous les cas, mon avis.

Si vous en désirez davantage, je suis à votre disposition pour vous suggérer des références !

À ce propos, je vous signale, à toutes fins utiles, que vient de paraître un numéro spécial double des Cahiers d'Études africaines (EHESS, no 179-180, 2005), intitulé "Esclavage moderne, ou modernité de l'esclavage ?". Un article est particulièrement fourni et répond en grande partie aux question posées, celui de la politologue Françoise Vergès, intitulé : « Les troubles de la mémoire. Traite négrière, esclavage et écriture de l'histoire », pp. 1143-1178. Ceux qui ne sont informés que par la presse ou le courrier internet y trouveront des précisions utiles pour la compréhension de la question.

Je pense aussi que la lettre explicative signée de Jean-Luc Bonniol, anthropologue, université de Provence ; Marcel Dorigny, historien, université de Paris VIII ; Dany Ducosson, pédopsychiatre ; Jacky Dahomay, philosophe, membre du Haut Conseil à l'Intégration ; Thierry Le Bars, juriste, université de Caen ; Caroline Oudin-Bastide, historienne et sociologue ; Frédéric Régent, historien, université Antilles-Guyane ; Jean-Marc Regnault, historien, université de la Polynésie française ; Alain Renaut, philosophe, université de Paris IV, est aussi claire que mesurée.

Enfin, quelques spécialistes interdisciplinaires prennent la parole, une parole originellement informée scientifiquement...

A noter aussi que le texte finalement rédigé par la Société d'Histoire d'outre mer et à paraître dans la revues Outres mers/ Revue d'Histoire, reprend à peu près cet argumentaire.


PS : Documents annexes d'information



ARTICLE PARU DANS LE JOURNAL DU DIMANCHE

> n°3049, dimanche 12 juin 2005 (France)

>

> Un prix pour Les traites négrières

>

> Interview

> Christian Sauvage

>

> LE JURY du prix du livre d'histoire du Sénat a été bien inspiré de

> couronner Les traites négrières d'Olivier Pétré-Grenouilleau. Un livre

> d'histoire, savant et abordable, mais aussi un livre débat au moment

> où certains lancent des appels aux "peuples indigènes". Une belle

> conclusion ausi des Rendez-vous citoyens histoire du Sénat, auxquels

> s'est asocié le JDD, qui ont connu, hier, un grand succès. Olivier

> Pétré-Grenouilleau, 43 ans, est professeur d'histoire à l'université de

> Lorient. Voilà dix-sept ans qu'il se consacre aux problèmes de la

> traite négrière.

>

> Pourquoi ce pluriel, Les traites négrières ?

>

> L'objectif de ce livre était de faire une histoire globale d'un

> phénomène qui s'est étendu sur treize siècles et sur cinq continents.

> C'est un sujet tellement vaste qu'en général les chercheurs se

> spécialisent sur un aspect ou un autre. Je voulais resituer cette

> histoire dans la durée et dans ses différents aspects. Il y a eu de

> l'esclavage dés l'antiquité, mais la traite, c'est à dire le commerce

> des esclaves, n'est apparue qu'au VIIe siècle, vers 650.

>

> C'est l'empire musulman qui a commencé la traite. Pour une raison

> simple: les musulmans n'ont pas le droit d'avoir des esclaves

> musulmans. Ils se sont donc tournés vers l'Europe et vers l'Afrique

> noire pour acheter ces esclaves. La traite négrière s'est achevée vers

> 1920.

>

> Comment en est-on sorti ?

>

> Par le combat des abolitionnistes, essentiellement des philanthropes

> blancs, protestants. Cette première explication paraissait trop simple.

> On a alors évoqué des raisons économiques. L'Angleterre de la

> révolution industrielle n'avait plus besoin d'esclaves. Mais, du fait

> du blocus, ils étaient encore utiles, d'autant plus que le système

> esclavagiste de la fin du XVIIIe siècle était très rentable. On a

> ensuite évoqué des raisons religieuses. Il y a eu en Angleterre des

> pétitions très nombreuses contre l'esclavage, à l'initiative de

> pasteurs. Des raisons politiques ont été ensuite avancées. On a dit:

> c'est un moyen de détourner l'attention de la classe ouvrière de ses

> problèmes. En fait, l'abolition est née d'un peu toutes ces raisons et

> de la résistance des esclaves eux mêmes.

>

> Les premiers à pratiquer la traite étaient les Africains ?

>

> Je crois qu'il faut se débarrasser des clichés même s'ils sont

> rassurants. On sait que l'Afrique noire a été victime et acteur de la

> traite. Les historiens, quelles que soient leurs convictions

> politiques, sont d'accord là dessus.

>

> Votre livre paraît éclairant dans le débat actuel sur "les peuples

> indigènes" et l'antisémitisme véhiculé par Dieudonné.

>

> Cette accusation contre les juifs est née dans la communauté noire

> américaine des années 1970. Elle rebondit aujourd'hui en France. Cela

> dépasse le cas Dieudonné. C'est aussi le problème de la loi Taubira qui

> considère la traite des Noirs par les Européens comme un "crime contre

> l'humanité", incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les

> traites négrières ne sont pas des génocides.

>

> La traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple. L'esclave était

> un bien qui avait une valeur marchande qu'on voulait faire travailler

> le plus possible. Le génocide juif et la traite négrière sont des

> processus différents. Il n'y a pas d'échelle de Richter des souffrances.

>

> Beaucoup d'artistes, d'intellectuels d'origine africaine se disent

> "descendants d'esclaves".

>

> Cela renvoie à un choix identitaire, pas à la réalité. Les Antillais,

> par exemple, ont été libérés en 1848. Mais si l'on remonte en amont,

> vers l'Afrique, on peut aussi dire que les ancêtres de leurs ancêtres

> ont été soit des hommes libres, soit des esclaves, soit des négriers.

> se présenter comme descendant d'esclaves, c'est choisir parmi ses

> ancêtres. C'est aussi créer une immédiateté entre le passé et le

> présent. Descendant d'esclaves est une expression à manier avec prudence.

>

>



Piankhy
Posté le: 10/08/2006 22:02  Mis à jour: 10/08/2006 22:11
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 Re: Le bal des tartuffes
Voilà une explication de l'affaire Pétré-Grenouilleau faite par un membre de Wikipedia. Un pur bonheur de sophisme : on sent très bien qu'il n'a absolument pas lu la loi Taubira dans laquelle ne figure à aucun moment le terme de génocide


Citation :


Suite à un entretien donné au Journal du dimanche du 12 juin 2005, le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais porte plainte pour négation d'un crime contre l'humanité, la traite des noirs ayant en effet été reconnue comme un tel crime par la loi du 23 mai 2001, aussi appelée loi Taubira. Dans cet entretien, sur la question de « l'antisémitisme véhiculé par Dieudonné », l'historien répond que « cela dépasse le cas Dieudonné. C'est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l'humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides... Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n'y a pas d'échelle de Richter des souffrances. »

Il y a une différence entre le génocide et le crime contre l'humanité. Suivant les critères de la Cour pénale internationale (CPI), la traite des noirs est bien un crime contre l'humanité, car il y a eu notamment esclavage et déportation. Mais le caractère génocidaire n'est pas présent selon Olivier Pétré-Grenouilleau. C'est donc le caractère génocidaire qu'il remet en cause et non le crime contre l'humanité. Et si, selon lui, la loi Taubira pose problème, c'est à cause de la comparaison que l'on fait avec l'Holocauste lorsque l'on parle de crime contre l'humanité. Il est soutenu par la communauté universitaire française : un appel a été lancé par dix-neuf historiens de renom, pour la liberté de la recherche scientifique. Finalement, le collectif antillais retire sa plainte en février 2006, affirmant ne pas remettre en cause le travail de cet historien.


Qu'est-ce que veut dire ce charabia ? La loi Taubira pose t-elle oui ou non la notion de génocide comme inhérente à la traite et à l'esclavage ? Voici les articles de la loi

Citation :
L'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article 1er

La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité.

Article 2

Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l'esclavage sera encouragée et favorisée.

Article 3

Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l'océan Indien et de l'esclavage comme crime contre l'humanité sera introduite auprès du Conseil de l'Europe, des organisations internationales et de l'Organisation des Nations unies. Cette requête visera également la recherche d'une date commune au plan international pour commémorer l'abolition de la traite négrière et de l'esclavage, sans préjudice des dates commémoratives propres à chacun des départements d'outre-mer.

Article 4

Le dernier alinéa de l'article unique de la loi no 83-550 du 30 juin 1983 relative à la commémoration de l'abolition de l'esclavage est remplacé par trois alinéas ainsi rédigés :
« Un décret fixe la date de la commémoration pour chacune des collectivités territoriales visées ci-dessus ;
« En France métropolitaine, la date de la commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage est fixée par le Gouvernement après la consultation la plus large ;
« Il est instauré un comité de personnalités qualifiées, parmi lesquelles des représentants d'associations défendant la mémoire des esclaves, chargé de proposer, sur l'ensemble du territoire national, des lieux et des actions qui garantissent la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations. La composition, les compétences et les missions de ce comité sont définies par un décret en Conseil d'Etat pris dans un délai de six mois après la publication de la loi no 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité. »

Article 5

A l'article 48-1 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, après les mots : « par ses statuts, de », sont insérés les mots : « défendre la mémoire des esclaves et l'honneur de leurs descendants, ».
La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.


Fait à Paris, le 21 mai 2001.

Jacques Chirac
Par le Président de la République :


Où est-il question de génocide dans ce texte ? Nulle part. Donc d'où vient la fameuse comparaison qui pousse Olivier Pétré-Grenouilleau à craindre une comparaison avec la Shoah ? D'où tient-il que les traites sont un génocide selon la loi Taubira ?
Piankhy
Posté le: 12/02/2007 04:32  Mis à jour: 12/02/2007 04:32
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 Re: Le bal des tartuffes
Michel Polac, citant l’édition de poche de la « Traite négrière », affirma samedi 16 décembre dernier que Olivier Pétré-Grenouilleau était attaqué sur la base d’un livre qui retraçait l’histoire globale de la traite des Noirs.Or Michel Polac s’est laisser duper, tout comme Pascal Bruckner, Pierre-André Taguieff et d’autres journalistes et intellectuels par une véritable stratégie de communication bien ficelée des éditions Gallimard.

Voici une copie de la plainte qui a été déposée contre l’historien en question :

Open in new window



Comme on peut s’en rendre compte, l’historien n’est pas attaqué pour ses écrits mais pour une interview donnée au JDD ( Journal du Dimanche ) dans laquelle il nie purement et simplement la qualité de crime contre l’Humanité de la traite et de l’esclavage en affirmant que ce n’étaient un simple commerce. La loi française reconnaissant
la négation de crime contre l’humanité comme pénalement répréhensible, une association a donc réclamée des sanctions contre cette négation de crime contre l’humanité. La première a été le Collectif dom qui a vite retiré sa plainte en 2005. Une autre association prit la suite.

Que l’on ne soit pas d’accord avec cette plainte ou la judiciarisation de la pensée est une chose. Mais de là à tromper les gens depuis près de deux ans à faire d’Olivier Pétré-Grenouilleau une victime est une farce.

Olivier Pétré-Grenouilleau préfère - et on le comprend aisément - se faire passer pour la victime de hordes communautaires aveuglés par leurs récriminations à l’endroit des « Blancs » plutôt que d’admettre qu’il présente la loi Taubira comme étant injustifiée et uniquement motivée par le combo mimétisme/jalousie des Noirs envers les Juifs, ce qui expliqueraient leur antisémitisme. Il le dit clairement dans une émission radio qui se trouve ci-joint ( écouter à partir de 6 minutes 52 )

Olivier Pétré-Grenouilleau considère en effet qu’il n’y a pas de crime lorsque l’homme est réduit à une simple marchandise. Les prostituées et autres victimes de l’esclavage moderne apprécieront…


Kahm Piankhy
Piankhy
Posté le: 12/02/2007 04:34  Mis à jour: 12/02/2007 04:34
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 Re: Le bal des tartuffes
Allez à la 6ème minute et 50 secondes du document pour entendre ce qu'Olivier Pétré-Grenouilleau pense de la loi Taubira et comment il nie sa légitimité en la comparant avec la Shoah.

Piankhy
Posté le: 12/02/2007 04:36  Mis à jour: 12/02/2007 04:36
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